Introduction au marxisme (réédition)

D’Ernest Mandel, La Brèche, juin 2018, 8 euros.

La Brèche vient de rééditer l’Introduction au marxisme d’Ernest Mandel (1974) et la préface de Daniel Bensaïd, écrite en 2007.

Ernest Mandel a écrit ce petit livre en 1974, à l’intention de celles et ceux qui, radicalisés dans la foulée de Mai 68, cherchaient à rejoindre le combat anticapitaliste. C’est donc à des nouveaux militants qu’il s’adresse. Mandel, qui des années durant s’était attelé à la formation des militants ouvriers, des syndicalistes comme des jeunes révolutionnaires, avait acquis une capacité pédagogique qui lui permettait, à travers des exemples concrets et immédiatement compréhensibles, de présenter une esquisse de la théorie et des concepts marxistes à des publics aussi différents que des syndicalistes mineurs ou sidérurgistes de Wallonie dans les années 1950, des étudiantEs révoltés de Paris en 1968 ou des travailleurEs polonais désorientés par le début de la restauration du capitalisme dans leur pays. 

Pédagogue ouvrier révolutionnaire

La structure même de ce petit livre est le fruit de son expérience de pédagogue ouvrier révolutionnaire : I. L’inégalité sociale et les luttes sociales à travers l’histoire ; II. Les sources économiques de l’inégalité sociale ; III. L’État, instrument de domination de classe ; IV. De la petite production marchande au mode de production capitaliste ; V. L’économie capitaliste ; VI. Le capitalisme des monopoles ; VII. Le système impérialiste mondial ; VIII. Les origines du mouvement ouvrier moderne ; IX. Réformes et révolution ; X. Démocratie bourgeoise et démocratie prolétarienne ; XI. La première guerre impérialiste et la révolution russe ; XII. Le stalinisme ; XIII. Des luttes courantes des masses à la révolution socialiste mondiale ; XIV. La conquête des masses par les révolutionnaires ; XV. L’avènement de la société sans classes. XVI. La dialectique matérialiste ; XVII. Le matérialisme historique.

Cette édition bénéficie d’une préface critique de Daniel Bensaïd, qui souligne à juste titre une série de faiblesses de cette introduction. Elle passe sous silence la question de l’émancipation des femmes. De même on aura noté l’absence des préoccupations écologiques. 

Pour une compréhension de la méthode marxiste

Daniel Bensaïd souligne aussi ce qui fut sans doute une des plus grandes faiblesses d’Ernest Mandel : une conception des sociétés du prétendu « socialisme réel » datant des analyses de Trotsky de 1936. Pour Mandel, la bureaucratie restait une « excroissance fonctionnelle du prolétariat » et il n’envisageait pas la possibilité d’une restauration du capitalisme par la bureaucratie elle-même en dehors d’une invasion extérieure (contrairement à Trotsky, qui a envisagé cette hypothèse dans divers textes).

Malgré les insuffisances que souligne la préface — et qu’il est conseillé de lire plutôt après la lecture de l’ouvrage, car la critique de Bensaïd suppose une connaissance de ce qu’elle critique — ce livre sera très utile à ceux qui aspirent à compléter leur révolte par une compréhension de la méthode marxiste. Il ne remplace pas bien entendu la lecture des œuvres de Marx et d’Engels et de tous ceux qui les ont suivis.

HW (d’après Jan Malewski)

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