The Hate U Give

Film de George Tillman Jr., États-Unis, 2 h 12, sorti le 23 janvier. 

Couleurs chaudes, voix-off et musique pop : le début du film nous plonge dans un teen movie des plus classiques. On y suit l’évolution de Starr, une jeune adolescente noire prise en étau entre deux mondes séparés par un fossé de classe allant de pair avec un fort clivage racial. D’un côté, le ghetto noir dont elle est issue et où elle vit, en prise avec le chômage, la prison, la violence des gangs. De l’autre côté, l’école privée chic à très grande majorité blanche dans laquelle ses parents l’ont placée, et avec elle tous leurs espoirs d’ascension sociale. Le réalisateur George Tilman Jr. arrive à brosser ces mondes avec subtilité en montrant notamment les formes de préjugés et de racisme « soft » des élèves blancs du lycée de Starr. Celle-ci fait tout pour y être acceptée, mais reste plus tolérée qu’autre chose. Parallèlement, elle ne se sent plus appartenir pleinement à son quartier d’origine. 

La révolte

Les questionnements identitaires de Starr vont être rapidement percutés par un évènement tragique : elle assiste à la mort de Khalil, son ami d’enfance, abattu par un policier lors d’un contrôle d’identité effectué sans motif. Le film prend alors une autre tournure en racontant la naissance d’une révolte. Au départ pleine d’incertitudes, Starr va en effet s’affirmer pas à pas dans son combat pour réclamer « justice pour Khalil » perdant au fur à mesure une grande partie de ses illusions sur la police et la justice. En toile de fond de l’évolution de Starr, le film décrit ainsi une situation vécue quotidiennement par les noirEs des quartiers populaires aux États-Unis : le harcèlement policier continuel avec son lot de violences et de meurtres, la plupart du temps commis en toute impunité... Le livre dont est tiré le film est d’ailleurs directement inspiré de la mort à Oakland en 2009 d’un jeune noir – Oscar Grant – tué par un policier blanc d’une balle dans le dos. 

Si certains passages sont assez convenus, The Hate U Give arrive malgré tout à traiter pour un public jeune de manière assez fine un ensemble de problématiques : les violences policières et le racisme bien entendu mais aussi la tension entre les aspirations à la réussite individuelle et la volonté de se révolter contre l’injustice. Georges Tilman Jr réalise plus généralement une critique d’un système qui condamne toute une partie de la population à la pauvreté et invite clairement à l’engagement collectif. Les dix dernières minutes sont à ce titre bien conformistes et somme toute peu en phase avec ce qu’on peut lire dans le reste du film. Elles ne doivent pas pour autant empêcher d’aller voir ce film servi par l’interprétation brillante d’Amandla Stenberg dans le rôle principal.

Boris Leto

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