Foulards et hymens, pourquoi le Moyen-Orient doit faire sa révolution sexuelle

De Mona Eltahawy. Belfond, 260 pages. 19 euros (2015). 

Journaliste égyptienne vivant et travaillant entre l’Égypte et les États-Unis, Mona Eltahawy dénonce dans ce livre l’oppression des femmes dans les pays musulmans du Moyen-Orient comme l’Égypte, le Yémen, l’Arabie saoudite, la Jordanie, le Maroc…

Le livre commence par une dédicace « à toutes les filles du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord : soyez impudiques, soyez rebelles, désobéissez et sachez que vous méritez d’être libres » puis par une citation de la militante féministe -Gloria Anzaldua : « Nous ne ferons pas la paix avec les oppresseurs qui se servent de notre douleur pour affûter leurs hurlements. Nous ne ferons pas la paix ». Le ton est donné. Car tout le livre montre la violence de la domination masculine, d’une société patriarcale qui organise et perpétue une oppression quotidienne. Il s’agit du harcèlement et des violences sexuelles dans la rue comme au foyer, du viol qui n’est pas ou quasiment pas puni, du port du voile imposé, des mutilations génitales (excisions…), des femmes battues voire assassinées… Les Codes religieux comme les lois civiles organisent cette domination des hommes sur les femmes, enlèvent la plupart des libertés aux femmes, leur interdisent de sortir seules, de faire du sport ou de conduire des voitures, une société qui donne les pleins pouvoirs aux hommes sur les filles comme sur les femmes, tout au long de la vie et partout. Il s’agit d’un véritable apartheid qui enferme les femmes, qui empêche leur mobilité et leur autonomie.

La journaliste raconte aussi le combat de femmes qui militent pour leurs droits comme le droit de conduire, et qui réussissent à faire avancer les choses. Bien sûr c’est au risque de leur vie. Elle raconte aussi que les « printemps arabes » n’ont pas été simples pour les femmes. Même dans les manifestations, les occupations des places comme celle de Tahrir au Caire, les manifestantes, les militantes, les femmes en général devaient se battre pour faire respecter leurs droits, leurs personnes. Une militante féministe tunisienne affirme : « Quand les gens sont descendus dans la rue en décembre 2010, c’est vrai qu’ils demandaient du travail, de la liberté et de la dignité. Mais je crois qu’ils n’étaient pas prêts à accepter que la liberté signifie toutes les libertés, y compris la liberté de la femme, la liberté sexuelle, la liberté individuelle, toutes. Ils ne sont pas prêts à une telle révolution ». C’est un constat terrible. La journaliste finit d’ailleurs son livre ainsi : « Nous allons demander des comptes à notre culture et à notre religion, au gouvernement militaire et aux islamistes – deux facettes d’un même problème. La démarche sera essentiellement féministe. Et elle finira un jour par nous libérer. Ce sont les femmes – notre colère, notre ténacité et notre audace – qui libéreront nos pays ».

Philippe Poutou

 

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