Football : ombre et lumière

Eduardo Galeano, Éditions Lux, 2014, 19 euros. 

«Le  football professionnel ne nous conditionne-t-il pas à penser que le système capitaliste qui nous gouverne est juste ? », demande Lilian Thuram dans sa préface. Dans son livre, Galeano y répond. à travers l’histoire et mille histoires et anecdotes, il nous fait partager l’aventure de ce sport populaire et de ceux, souvent venus d’en bas, qui sont devenus joueurs. 

Né dans les riches écoles anglaises, le football fut exporté en Amérique du Sud, débarqué avec des marins dans les banlieues de sorte que « les travailleurs expulsés par la campagne s’entendirent parfaitement avec les travailleurs expulsés par l’Europe ». Issu de l’élite, il a été approprié par des « gens qui n’avaient jamais mis les pieds dans une école » et qui l’ont marqué de leur empreinte, « l’ont enrichi en l’expropriant ». C’est ainsi que sont nés des clubs dans les ateliers de cheminots et les chantiers navals, avec des références au monde ouvrier et syndical. Si des dirigeants socialistes et anarchistes dénoncèrent ce nouvel opium du peuple, pour d’autres, le jeu et la convivialité qui l’entourent n’étaient pas l’apanage de la bourgeoisie…

Certes, comme tout produit du capitalisme, le foot est devenu un immense business, les joueurs des esclaves millionnaires sans aucun droit sur leur sport, véritables objets publicitaires mondialisés, contrôlés par une FIFA, modèle d’arnaque et de corruption. Le patriotisme a bien sûr envahi les stades et le racisme y fait des ravages.

Il n’empêche, conclut Galeano : « les technocrates ont beau le programmer jusque dans les moindres détails, les puissants ont beau le manipuler, le football veut toujours être l’art de l’imprévu. L’impossible saute là où on l’attend le moins, le nain donne une bonne leçon au géant et un Noir maigrelet et bancal rend fou l’athlète sculpté en Grèce ». Et puis, le foot, comme le carnaval, donne envie de se jeter dans la danse : « les amis du quartier et les camarades d’usine, de bureau ou de faculté se débrouillent pour s’amuser avec un ballon jusqu’à épuisement, après quoi vainqueurs et vaincus boivent ensemble, fument et partagent un bon gueuleton, tous plaisirs qui sont interdits au sportif professionnel »

Mónica

 

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