Festival BD d’Angoulême : Richard Corben et la contre-culture consacrés

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Richard Corben (77 ans), icône de la contre-culture, a reçu le Grand prix 2018 du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. 

Corben n’était pas présent à Angoulême et c’est son éditeur français, Laurent Lerner de la maison Delirirum, qui a reçu, mercredi 24 janvier au soir, le Grand prix des mains de Cosey, lauréat de l’édition 2017 et président du festival 2018. Cette cérémonie d’ouverture se déroulait à la magnifique médiathèque Alpha où se tenait également une exposition de BD au féminin (« Marion ramène sa science »).

Toujours pas d’auteure féminine consacrée, malgré la démocratisation du scrutin, où ce sont les auteurEs qui votent en dehors de toute pression. 1 230 auteurEs ont ainsi placé aux avant-postes, au premier tour, Richard Corben, mais aussi Chris Ware et Emmanuel Guibert (la Guerre d’Alan, le Photographe).

Retour aux origines

Avec le sacre de Corben, c’est le retour aux origines, aux premières éditions du festival quand Actuel et Métal Hurlant donnaient le ton à une BD « fantastic » et SF, avec le soutien des Moebius et Druillet. En France, seuls les passionnés et les auteurEs continuaient à suivre les sublimes créations de Corben. 

Richard Corben est le 5e auteur états­unien à être sacré à Angoulême, après Bill Waterson en 1974, Will Eisner en 1975, Robert Crumb en 1995 et Art Spiegelman en 2011. Que du bon !

La fiche biographique établie par le Festival d’Angoulême nous en apprend plus sur le personnage et sur le choix du jury : 

« Né en 1940 à Anderson, dans le Missouri (États-Unis), Richard Corben commence à publier différentes histoires dans des magazines underground avant d’être engagé chez Warren Publishing, où il va devenir célèbre pour ses illustrations d’horreur et de science-fiction. Il est ainsi l’un des grands contributeurs des journaux cultes aux USA : Creepy et Eerie. La patte de Richard Corben est immédiatement reconnaissable. Maître d’une imagerie qui opère dans tous les "mauvais genres", il réalise des histoires d’horreur, de fantasy et de SF hallucinées et psychédéliques, souvent mêlées d’humour acide. Grand amateur d’expériences graphiques, dessinateur virtuose, Corben sculpte avec un souci du détail étonnant des corps et des visages au paroxysme de leur expressivité, cernés par un répertoire d’animaux, de décors et de monstres chimériques et entêtants. Ses compositions sont le plus souvent modelées par une lumière irréelle, mais aussi par une mise en couleur explosive, au bord de la saturation, en dégradés longtemps exécutés à l’aérographe et devenus caractéristiques de l’auteur. Influencé par de grands auteurs de l’imaginaire, comme H. P. Lovecraft, Robert E. Howard ou Edgar Allan Poe, il publie notamment la saga Den, mais aussi Vic & Blood ou Mondes Mutants. Il collabore aujourd’hui avec de grands groupes d’édition, comme DC/Vertigo, Marvel ou Dark Horse, et on retrouve son trait inimitable au sommaire de Luke CageThe PunisherHulk ou encore Hellboy. »

C’est le triomphe de l’anti-Trump. Selon son éditeur français, « Corben est enthousiasmé, il n’a pas fermé la porte pour sa participation l’an prochain et réaliser une belle exposition », comme Cosey. Nous y reviendrons car le président de l’édition 2018 a bien voulu nous accorder un entretien.

Sylvain Chardon

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