Expositions : y'a pas qu'à Paris (1)

Il y a plein d’expositions de très haute qualité que l’on peut voir hors de Paris. Alors, pour ne pas céder au centralisme parisien voici quelques expositions à découvrir. Même si nous n’avons pu les voir personnellement, par les sujets abordés ou du fait des artistes exposéEs, elles ont retenu notre attention et elles permettent surtout à nos lecteurEs vivant et travaillant dans l’hexagone, qui n’ont pas le temps ou les moyens d’aller à Paris, de découvrir l’art  moderne et contemporain. Et son actualité ! Premier panorama du Nord au Sud et d’Est en Ouest. 

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Braeckman-Veronèse

Lille, Palais des Beaux arts, jusqu’au 14 janvier.

Dirk Braeckman, un des photographes importants en Europe, s’est arrêté sur la collection de peinture italienne du Musée. La peinture est pour lui une référence majeure mais il ne la photographie pas telle qu’il la voit. Il prélève la matière puis la travaille en monochromie, à la manière d’un plasticien. Il la plonge ensuite dans une palette infinie de nuances de gris où affleurent en surface les contours d’objets ou de figures reconnaissables, mais devenus tout à fait autre chose que ce qu’ils sont. C’est à cet exercice, plus proche de l’alchimie que de la photographie, que l’artiste s’est prêté à partir de l’Esquisse pour le Paradis de Véronèse, triturant l’image jusqu’à épuisement mais sans l’effacer tout à fait.

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Bernar Venet, un artiste et ses artistes 

Nice, Musée d’art moderne et d’art contemporain, jusqu’au 13 janvier. 

La collection de l’artiste fut constituée à partir de la fin des années 1960. Un ensemble majeur de pièces d’art minimal et conceptuel qui se caractérise par l’épure des formes géométriques, le développement en série des œuvres, le recours à des matériaux industriels et la volonté de créer des formes impersonnelles qui résonnent avec sa recherche propre. En contrepoint de l’exposition monographique de Venet, cette collection propose une plongée dans ces années historiques.

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Picasso et le temps des conflits & Lignes de Fuite 

Nîmes, Carré d’art, jusqu’au 3 mars. 

Picasso et le temps des conflits présente les créations de Picasso dans les temps de troubles politiques de la Seconde Guerre mondiale jusqu’au remarquable tableau Massacre en Corée de 1951. L’exposition propose également d’instaurer un dialogue entre les œuvres de Picasso et des artistes contemporains. Il y a, d’une part, au cœur même de l’espace consacré à Picasso, la présence d’artistes qui portent ou ont porté un regard sur son œuvre. D’autre part, en miroir, l’exposition Lignes de fuite présente des artistes de différents horizons qui sont directement concernés par des conflits au Moyen-Orient et en Europe de l’Est.

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Kacimi 1993-2003, une transition africaine

Marseille, MUCEM, jusqu’au 3 mars.

Mohammed Kacimi (1942-2003) est l’un des plus importants plasticiens marocains d’après-guerre. Artiste novateur et engagé, instigateur et témoin principal de la mondialisation de l’art contemporain arabe, il a largement influencé l’évolution de la scène artistique de son pays, et servi de modèle à nombre de jeunes artistes maghrébins aujourd’hui internationalement reconnus. L’exposition se consacre à la « période africaine » de Mohammed Kacimi, soit l’apogée de son œuvre, qui le voit rompre avec l’art occidental et les différents courants esthétiques l’ayant influencé durant son parcours, pour ouvrir une nouvelle voie, beaucoup plus personnelle, caractérisée par une expression sans contrainte, libre, et de plus en plus transdisciplinaire.

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Katinka Bock, Radio  

Lyon-Villeurbanne, Institut d’art contemporain de Villeurbanne, jusqu’au 20 janvier.

L’œuvre de Katinka Bock entretient avec le réel une relation horizontale, poreuse : « Ce qu’on fait vient de la vie, l’art reste toujours dans la vie, c’est une contribution à la vie », affirme-t-elle. Convoquant des matériaux tels que l’argile, la pierre, le bois, le bronze, les végétaux, l’eau, les sculptures et les installations de Katinka Bock procèdent de gestes lisibles et simples : plier, enrouler, mouler, marquer, faire une empreinte, trouver un équilibre, renverser.

À la manière d’un précipité, d’une décantation observée par transparence dans un fluide, l’exposition déploie, au fil des différents espaces, une typologie de formes et de matériaux.

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Jacqueline de Jong, rétrospective

Toulouse, Les Abattoirs, Musée FRAC, jusqu’au 13 janvier.

Jacqueline de Jong, née en 1939 dans une famille juive, doit fuir son pays face au nazisme. Elle rencontre les membres de Cobra, dont Asger Jorn, et Guy Debord, le fondateur de l’Internationale situationniste qu’elle rejoint. Elle fonde en 1962 The Situationist Times, seule revue anglophone du mouvement. Son art figuratif, expressionniste, joue d’un bestiaire à la fois monstrueux et naïf, hérité du mouvement Cobra. Sa peinture emprunte aussi aux objets courants – paravent, miroir ou valise – en écho aux combine-paintings et au détournement situationniste. En Mai 1968, portée par ses idéaux révolutionnaires, elle rejoint la contestation, puis retourne à Amsterdam en 1971. Elle partage depuis son temps entre la Hollande et sa maison en France. L’exposition mêle érotisme, violence et humour, confond souvent l’homme et l’animal, et joue avec les limites de l’humanité.

À suivre… 

Philippe Cyroulnik

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