Exposition : Trésors de banlieues

Halle des Grésillons, 41, avenue des Grésillons, à Gennevilliers (92), jusqu’au 30 novembre. Du mardi au vendredi de 9 heures à 19 heures, le week-end de 9 heures à 18 heures. Gratuit.

Une belle expo de l’autre côté du périph… avec deux idées originales : rassembler des œuvres appartenant à diverses villes de la banlieue parisienne et un peu au-delà. L’autre bonne idée, c’est le conteneur ! 16 conteneurs peints en rouge (le port de Gennevilliers n’est pas loin) sont disposés dans l’ancienne halle du marché, et les œuvres sont accrochées, disposées, autour et à l’intérieur, offrant un parcours ludique très agréable.

La vie en banlieue

De Chagall à Miss.Tic, de Caillebotte à César, de Léger à Di Rosa… et beaucoup d’autres, en sculpture, BD, photo, peinture, maquettes, groupées autour de 7 thèmes. Une partie de l’exposition donne à voir la vie en banlieue, dans un passé plus ou moins proche : les ouvriers de Taslitzky, certes virils et staliniens, mais dont on perçoit la vie de souffrances, les grévistes de Levallois en 1936 (quand Levallois était une ville ouvrière) et les peintures plus classiques d’artistes locaux, les pavillons sous la neige… ou une belle photo (Cyrille Weiner) de Saïd le vannier préparant l’osier dans un terrain vague à côté des tours de Nanterre. Une toile de Jean Amblard, adepte du réalisme soviétique, peint un cabanon délabré devant la grande barre HLM de l’avenue de la Libération à Gennevilliers, sans doute pour nous montrer l’avenir radieux du logement moderne mais qui hélas n’est pas si radieux… Voir aussi la photo de femmes en foulard sur le pont de Choisy : au fond les tours anonymes se dressent sur un fond de ciel noir. 

De véritables trésors

Mais les scènes de vie en banlieue ne sont qu’une partie des choses à voir. Les collections des villes sont composées de dons faits par des artistes locaux, d’achats, de commandes (comme les mosaïques de Sonia Delaunay pour la patinoire de Vitry), et l’ex-banlieue rouge a bien sûr eu une riche interaction avec de grands artistes maintenant célèbres du milieu du 20e siècle. Cela peut ouvrir une réflexion sur la politique culturelle des villes aujourd’hui, sur leur capacité financière et leur envie d’acheter des œuvres de jeunes artistes, d’audace dans les commandes d’art urbain, fresques, sculptures de ronds-points… 

Mon petit trésor : un tableau charmant, un des trois tableaux connus de Victorine Meurent, que l’on connaît sans la connaître puisqu’elle a posé entre autres pour le Déjeuner sur l’herbe ou l’Olympia de Manet ; elle a ensuite appris à peindre, et est morte dans une grande pauvreté à Colombes, tout près de Gennevilliers. Dans ce coin de banlieue, des bords de Seine, qui a été sujet et lieu de villégiature des impressionnistes.

Deux artistes que j’aime depuis longtemps : les belles couleurs de Corneille avec un grand tableau et un chat perché sur le conteneur, et une des histoires racontées par Yvon Taillandier, Dans un Pérabéco hélicoptère anthropocéphalomorphe conversant avec une belle ogresse.

C’est gratuit ! et ça laisse donc un peu la possibilité de dépenser 20 euros pour le beau catalogue, plein de commentaires qu’on n’a pas forcément le temps de lire dans le parcours, et surtout beaucoup d’œuvres non exposées et tout aussi intéressantes.

Isabelle Guichard

https://tresorsdebanlieues.com/

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