Exposition : Qui a peur des femmes photographes ?

Au musée de l’Orangerie et au musée d’Orsay à Paris. Jusqu’au 24 janvier 2016. 

Une exposition passionnante en deux parties, et dans deux lieux différents situés quasiment face à face, de part et d’autre de la Seine, et reliés par une passerelle. Avec un pass unique permettant d’accéder aux deux expositions.

La première partie couvre la période 1839 – 1919, la seconde 1918 – 1945. 400 œuvres de plus d’une centaine de femmes photographes y sont présentées. L’ensemble est riche et dense tant du point de vue des photos produites que par le contenu des textes, des commentaires sur l’histoire des femmes dans la photographie mais aussi sur la contribution propre de chacune d’elles. Aussi le visiteur a beaucoup à lire dans chaque salle, sur chaque image, alors que la documentation mise à sa disposition est relativement succincte. Seul l’audio-guide et le catalogue de l’exposition, un très beau livre un peu cher (45 euros), restituent l’ensemble qui mérite d’être étudié.

Un premier mérite de ce travail, c’est la mise en évidence de l’existence, de façon continue, de femmes photographes, depuis les tout premiers instants de la photographie jusqu’à ses formes modernes. C’est particulièrement spectaculaire pour la période ancienne, tant d’un point de vue technique qu’artistique : cyanotype, daguerréotype, procédé au collodion humide, émulsion au bromure d’argent, sont toujours, dans les histoires officielles, l’affaire des hommes, des chimistes, des ingénieurs, des marchands. Et pourtant des femmes ont utilisé ces procédés, y ont excellé, occupant les espaces laissés libres. Ainsi une véritable histoire de la photographie peut s’écrire au féminin. Des auteures à part entière émergent de l’oubli et de la relégation masculine, telle Gertrude Käsebier, membre du premier courant artistique, le pictorialisme, dont le nom n’est quasiment jamais mentionné ou si peu, pour ne citer qu’elle.

L’émancipation à l’œuvre

Un autre mérite, parmi tant d’autres : l’exposition ouvre des pistes, la possibilité de voir, au sens propres du terme, de photo en photo, l’émancipation à l’œuvre. De la sphère domestique où elles sont confinées, avec ses scènes d’intérieur, ses portraits, jusqu’aux grands reportages qu’elles investissent, chaque photo est un marqueur, une borne sur ce chemin. Les images exposées témoignent tout à la fois de la place que prennent les femmes dans la société mais aussi démontrent que des femmes ont utilisé ce média comme instrument de leur libération. Les premières prises de vue architecturales, les paysages, les autoportraits, la sensualité qui s’exprime dans les mères à l’enfant, les premiers nus, la critique subversive de l’ordre masculin, la mode, la politique... chaque image est un pas accompli en ce sens. Les deux guerres mondiales ont été des étapes particulièrement marquantes de cet investissement : les femmes dans les usines pour remplacer les hommes, mais aussi les femmes grands reporters photographes sur tous les terrains de guerre.

Le point de vue adopté pour cette exposition en fait une œuvre passionnante, engagée, qu’il faut vite se dépêcher de voir, de partager, de soutenir.

JMB

 

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