Exposition : « Picasso Mania »

Jusqu’au 29 février au Grand Palais à Paris. 

Une tonifiante mise en regard de 100 peintures et sculptures de Pablo Picasso (accrochage dense façon atelier d’artiste), et 300 œuvres d’artistes contemporains, disciples, admirateurs ou détracteurs, qui se sont positionnés par rapport à l’artiste pour le réinterpréter, l’idolâtrer, ou le démystifier.

Une exposition qui offre une profusion de regards d’approche sur l’artiste, son œuvre, son image, son influence. On y trouve, en vrac :

– L’ étude stylistique purement formelle de portraits picassiens chez Andy Warhol ou pop chez Roy Lichtenstein ;

– L’hommage rendu à l’artiste chez Jean-Michel Basquiat, admirateur de sa peinture « africaine » qui lui emprunte sa marinière et scande obsessionnellement son nom ; dans les citations de Erro ou encore dans la série Les Saisons de Jaspers Johns qui troque à l’occasion Duchamp pour Picasso comme figure tutélaire ;

– L’admiration de l’homme assorti de la démystification de la star, chez Martin Kippenberger, animateur de la scène berlinoise des années 80 qui détourne avec ironie des images très humaines : autoportrait au slip kangourou et portrait de Jacqueline ;

– La référence aux grands mythes picassiens : Guernica et l’engagement politique de l’artiste, illustré ici par le très militant Leon Golub et plus curieusement par Adel Abdessemed ; l’art « africain » et les Demoiselles d’Avignon revisitées par Sigmar Polke, ou par des artistes afros-américains, l’exubérant Robert Colescott dans les Demoiselles d’Alabama ou la féministe Faith Ringgold ;

– La source d’inspiration, dans les réinterprétations cubistes à l’aune des nouvelles technologies de David Hockney ; le souffle d’une totale liberté, l’érotisme dans l’œuvre de George Condo qui clôt l’exposition ;

– Ou même, pour faire bonne mesure, le Picasso précurseur suggéré, dans ses dernières œuvres très libres, du Bad Painting, de la Figuration libre ou du néo-­expressionnisme allemand, de Georg Baselitz, etc, en somme du  retour à la figuration et à la peinture ;

– L’empreinte dans tous les médias : peinture mais aussi sculpture avec Maurizio Cattelan et quelques belles vidéos : les interviews flash des artistes à qui Pablo Picasso a donné envie de créer, et ceux d’enfants parlant de La femme qui pleure de Rineke Dijkstra ;

– Le phénomène de starification de l’artiste, figure politico-mondaine. Le mythe de Picasso investit toutes les formes de communication : le cinéma de Jean-Luc Godard, la publicité de la marque de voiture,  l’organisation humanitaire.

Hommages, idolâtrie ou dérision, exercices purement formels, ou influences profondes sur l’art contemporain : un mélange hétéroclite, forcément incomplet, un parti pris éditorial ambitieux qui veut trop embrasser et étreint mal. Une exposition intéressante où la Mania a tendance à prendre un peu trop le pas sur Picasso.

Ugo Clerico

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