Essai : Lettre à Adama

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Culture
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D’Assa Traoré. Avec Elsa Vigoureux, éditions du Seuil, 192 p., 17 euros.

C’était en juillet 2016, il y a plus d’un an, et les circonstances de sa mort ne sont toujours pas connues ou plus exactement toujours pas reconnues officiellement par l’État. 

Opacité et mensonges

Comme souvent dans ces cas-là, les agissements des policiers sont entourés d’opacité et de mensonges, et couverts par les institutions. Et ce sont les familles, les proches des victimes qui, à chaque fois, sont obligées de se battre, de s’organiser collectivement pour comprendre et faire savoir ce qui se passe, pour obtenir la transparence et la vérité. Il en va ainsi pour nombre de ces drames, lorsque de jeunes noirs ou arabes ont été tués par des policiers au cours de ces dernières années. 

Dans cette lettre, Assa s’adresse à son frère, raconte en détail la journée où il meurt dans le commissariat de police, reconstitue les instants qui précèdent, décrit les heures et les jours qui suivent durant lesquels l’entourage se mobilise contre l’inacceptable. Elle raconte la répression qui s’abat sur les frères et la sœur d’Adama, contre celles et ceux qui osent se lever et dénoncer. 

Ce livre décrit ce qu’est la vie pour la population dans ces quartiers, pour les jeunes surtout qui sont confrontés au chômage, au mépris, aux discriminations, qui subissent l’attitude d’une police agissant dans l’impunité et multipliant les contrôles au faciès, qui vivent au quotidien la violence et le racisme de la société et de l’État.

C’est un combat pour la justice, pour la dignité, pour le respect et l’égalité des droits pour toutes et tous. Un combat loin d’être fini et qui rejoint celui d’autres familles, d’autres associations. Le lien est ainsi fait avec les drames de Wissam (tué en janvier 2012), Amine (tué en avril 2012) et d’autres encore, qui sont racontés dans le livre : une manière de rendre hommage à toutes celles et ceux qui luttent au quotidien.

Ce livre est très touchant, il est à lire, à faire connaître. Pour la mémoire et la justice pour Adama et tous les autres.

Philippe Poutou