Essai : Le temps des révoltes, une histoire en cartes postales des luttes sociales à la Belle époque

Anne Steiner, L’échappée, 2015, 19 euros.

Voici un étrange objet, un livre qui présente près de 140 cartes postales. Pas de jolis paysages, pas de petits chatons, mais des images de barricades, de piquets de grève, de manifestation, des empoignades entre ouvriers et gendarmes…

Au cours de la décennie qui a précédé la Première Guerre mondiale, les conflits sociaux se multiplient : vignerons, dockers, cheminots mineurs… Si la presse, en particulier locale, se fait l’écho de ces événements qui prennent souvent une tournure violente, il existe peu d’images de ceux-ci... De nouvelles techniques permettent de développer les cartes postales photographiques, notamment la technique de la phototypie qui permet de les reproduire massivement. L’auteur souligne qu’en 1907, on édite en France 300 millions de cartes postales.

Les fabriques de cartes postales se développent un peu partout, parfois simplement adossés à une librairie-papeterie. Elles décrivent souvent des scènes de la vie locale, les paysages ou les métiers, mais lorsque des mouvements sociaux surgissent, elles en sont également le témoignage : « Ainsi est-ce à la carte postale photographique qu’on doit la seule représentation visuelle de ces événements : cortèges, barricades, soupes communistes, face à face avec la troupe, bâtiments saccagés ou incendiés, machines sabotées, meetings, funérailles de manifestants tués par les forces de l’ordre, piquets de grève, portraits de militants, etc. »

Sur la base de ce corpus d’images très original et surtout incroyablement riche, l’auteur va raconter une série de luttes au cours des années 1905 à 1911. Le récit de ces mouvements est donc illustré avec des cartes postales reproduites à leur taille réelle. Des grèves des travailleurs de la porcelaine à Limoges en 1905 à celles des boulonniers au Chambon-Feugerolles en 1910, en passant par les jacqueries picardes de 1906, sans oublier les mobilisations dans le champenois et les incendies des maisons telles que Mercier.

L’éditeur propose une fois encore un travail particulièrement soigné et original (pour un prix raisonnable). De la belle ouvrage et un beau voyage au cœur des subversions populaires à la Belle époque.

Pierre Baton

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