Eroica

De Pierre Ducrozet. Babel, 272 pages, 8,50 euros.

Eroica est un roman biographique sur le peintre US Jean-Michel Basquiat, qui a pour décor le New York des années 1980, ville dans laquelle foisonne la contre-culture alors que les Yuppies (jeunes cadres dynamiques qui ne rêvent que de faire de l’argent) sont à la mode.

Frénésie créatrice

Le narrateur suit Jay, double littéraire de Jean-Michel Basquiat, un jeune homme noir dans une Amérique raciste, qui fuit les violences familiales et qui va squatter dans Brooklyn chez ses petites amies. Il a une obsession : devenir un héros, comme les personnages des Comics qu’il lit. Jay passe ses journées à peindre sur des murs, d’abord au sein de son collectif SAMO puis sur des toiles, des panneaux de bois, des portes, des réfrigérateurs…

Il écoute du jazz, admire des musiciens noirs comme Miles Davis, Charlie Parker, mais aussi des sportifs noirs comme Mohamed Ali, Sugar Ray Robinson, tous se retrouvent dans ses œuvres.

Il fréquente le Mudd Club dans lequel se côtoie tout le milieu underground de l’époque, et est ami entre autres avec Vincent Gallo (comédien), Keith Haring (graffeur), Madonna…

Il fume beaucoup, boit beaucoup, sniffe de la cocaïne et s’injecte de l’héroïne.

Pierre Ducrozet, à travers une écriture rythmée, faite de retours en arrière, de changements de narrateur, d’interruptions dans la narration, de prises de parole de personnages importants (Phoebe, Warhol…) nous donne à voir, au cours de cette période frénétique et effervescente, le parcours chaotique du peintre génial, détesté, adulé, convoité, qui a transposé son art de la rue aux galeries les plus prestigieuses, ses peintures devenant les plus cotées du marché de l’art. Lui qui dénonçait dans ses œuvres le racisme et le capitalisme a fini par être rongé par cette société marchande qui voyait dans son art un investissement financier. Le génie s’est brûlé les ailes en se confrontant au monde et en voulant lutter contre ses démons. Basquiat est mort d’une overdose à 27 ans, laissant plus de 800 tableaux et 1 500 dessins.

Le roman donne envie d’explorer l’œuvre extraordinaire de l’artiste.

Béatrice Walylo

 

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