Entre les frontières

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Culture
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De Avi Mograbi, sortie mercredi 11 janvier. 

Avi Mograbi, cinéaste critique de la politique israélienne et soutien des soldats refusant de servir dans les territoires occupés, consacre son dernier film à la situation des Érythréens en Israël. Son film présente un double intérêt, sur le fond mais aussi par la forme adoptée : Mograbi reprend la démarche du metteur en scène brésilien Augusto Boal, celle du théâtre de l’Opprimé. Les personnes directement concernées jouent des situations réelles en occupant les rôles soit d’opprimés, soit d’oppresseurs. L’objectif de Boal et de ses disciples est de conscientiser acteurs et surtout spectateurs. On voit donc les Érythréens représenter des épisodes qu’ils ont traversés : le passage de la frontière, les pressions pour les faire partir, le racisme des Israéliens… Des Israéliens participent aussi à certaines scènes.

Les Érythréens sont environ 50 000 à avoir réussi à entrer dans le pays. Aux termes de la convention de 1951 sur les réfugiés, ils ne peuvent être renvoyés et pourraient avoir droit au statut de réfugié après une étude individuelle de leur situation. Mais les autorités refusent d’engager cette procédure, les considèrent comme des « infiltrés » et souhaiteraient qu’ils repartent. Ils ont donc des visas renouvelables de courte durée qui théoriquement ne leur permettent pas de travailler. En pratique, la plupart travaillent et occupent des emplois précaires.

Pour renforcer la pression, les autorités israéliennes ont ouvert un centre de rétention pour plus de 2 000 Érythréens en plein désert à Holot. C’est dans un bâtiment situé à proximité que le tournage a eu lieu sur plus d’une année. Le film est d’une grande force : il montre que, comme le souligne Mograbi, si les droits de ces réfugiés (qui souvent parlent couramment hébreu, car cela fait des années qu’ils sont en Israël) sont systématiquement niés, c’est que la préoccupation principale des autorités israélienne est d’assurer la domination de l’élément juif dans la population. C’est pourquoi sont aussi discriminés les Palestiniens, même s’ils sont citoyens israéliens.

Henri Wilno

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