A écouter : Eton alive, de Sleaford Mods

En CD et vinyle.

Voici la dernière livraison d’un groupe à la discographie déjà bien chargée (au moins un disque par an depuis 2007) et un sérieux candidat pour la bande son de nos luttes de cette rentrée. Ce duo anglais pratique un rap electro fortement chargé d’électricité. Rien de superflu ici, tout est sec et direct, ça secoue et ça fait du bien ! L’appellation de post-punk est celle qui sert le plus souvent pour les décrire. Iggy Pop en raffole, peut-être suffisait-il de dire ça...
Le dépouillement de la bande son, composée par Andrew Fearn et basée sur des lignes de basse énormes à peine habillées de guitares et de synthés discrets, témoigne de la même urgence que les textes au vitriol moins chantés que littéralement crachés par son auteur Jason Williamson comme si sa vie en dépendait. Chez lui, pas d’élaboration politique à la Henry Rollins, le « punk philosophe » américain, mais une description lucide et crue de la situation sociale dans son pays, une rage qui donne simplement envie de tout changer. « Des trucs sur le travail, l’odeur du tabac froid – des choses normales en somme », comme il s’excuse presque dans un entretien. Mais au-delà du simple défoulement et comme pour tempérer l’apparente agressivité du propos, les paroles à l’intérieur de la pochette sont remplacées par une liste très pragmatique et exhaustive de contacts vers des structures spécialisées dans l’aide aux personnes (logement, violences faites aux femmes, banque alimentaire, addictions, suicide...) et aux animaux (contre la souffrance et l’expérimentation animale).
Peu importe si la répétition est la forme musicale invariablement à l’œuvre, tant l’efficacité sonore de ces productions nous désarme et ce quel que soit le tempo, du plus frénétique (Flipside) au plus posé (Policy cream). On regrettera juste que sur scène ne soient présents ni basse ni batterie pour ajouter de la vie à une performance qui s’appuie exclusivement sur la présence intense et magnétique de Williamson, Fearn se contentant de lancer les instrus en opinant et en buvant des bières. À signaler quand même l’excellente captation par Arte d’une de leurs performances, agrémentée de scènes fictionnelles de révolte… et de répression policière (1). Alors, où écouter ce punk-hop festif et revendicatif aussi fort qu’il le mérite ? Réfléchissons bien... en manif pardi !
Benjamin Croizy
1 –https ://www.arte.tv/fr/videos/087074-001-A/sleaf...

 

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