Dogrel

Album de Fontaines D.C., Partisan Records, Pias, 13 euros. 

Fontaines D.C. est un nouveau groupe rock qui tourne le dos aux ordinateurs et manipulations numériques pour mieux faire sonner les guitares et revenir à l’âpreté du son originel qui réagit aux émotions des textes-poèmes composés par leur chanteur Grian Chatten, âgé de 23 ans. 

Retour de l’énergie énervée du rock

« And the radio is all about a run away model/With a face like sin and a heart like a James Joyce novel »1 : quand un rocker cite James Joyce, Dublin n’est jamais loin. Fontaines D.C. est effectivement un quintet irlandais composé, outre de Grian Chatten au chant, de Carlos O’Connel et Connor Curley aux guitares, soutenus par la basse de Conor Deegab III et la batterie de Tom Coll. Dogrel est le premier album d’un groupe qui tourne depuis 2 ans au rythme d’un concert par jour ou presque. Les musiciens, qui se connaissent depuis plus de 4 ans, ont commencé par publier des recueils de poésie inspirés de Joyce, mais aussi de Yeats ou de Kavanagh. Leurs textes sont emplis de colères rageuses ou dépressives, de brumes alcoolisées et de douleurs politiques extériorisées dans un gros son biberonné du côté des Joy Division, The Smiths, The Cure, ou du Velvet Underground. La musique des Pogues leur a également permis de faire le lien entre le punk rock et la musique traditionnelle irlandaise.

Fontaines D.C., c’est avant tout le retour de l’énergie énervée du rock. Une musique du peuple, une musique urgente qui évoque les bitures dans les pubs, les bagarres dans la rue, l’authenticité d’un pays en proie à une mondialisation débridée et qui en meurt (Boys in the Better Land, Hurricane Laughter, Too Real, Chequeless Reckless). Dublin est également omniprésente avec B.I.G ou le titre final de l’album, Dublin City Sky. Les guitares saturées de Fontaines D.C. savent aussi laisser place à l’humour comme l’indique le titre de leur album, Dogrel, qui vient de l’anglais « doggerel » et qui signifie « burlesque ». Il est trop tard pour les voir à Paris où ils n’ont donné qu’un concert unique (dans tous les sens du terme) au Point Ephémère le 22 avril mais ils participent à de nombreux festivals de l’été 20192. À voir et entendre de toute urgence.

Sylvain Chardon

  • 1. « Ma radio est de bout en bout un modèle pour fuir/Avec le visage du péché et un cœur comme un roman de James Joyce » (extrait du morceau Boys in the Better Land).
  • 2. À Nîmes le 1er juin, à St-Brieuc le 7 juin, à Belfort le 4 juillet, à Carhaix le 20 juillet et à Saint-Malo le 15 août.

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