Dieu existe, son nom est Petrunya

Film macédonien de Teona Strugar Mitevska, 1 h 40, sorti le 1er mai 2019. 

Malgré le titre, Dieu est loin d’être la question principale du film, qui est davantage l’oppression des femmes dans une société patriarcale des Balkans.

Petrunya a 32 ans, elle vit à Stip, ville de l’est de la Macédoine du Nord (l’ancienne république yougoslave de Macédoine, où le taux de chômage officiel est de 20 %) chez ses parents, dans la chambre d’enfant qu’elle n’a pas quittée. Elle est diplômée en histoire mais n’a jamais trouvé de travail. Sa mère la trouve grosse et mal habillée. Quand le film commence, elle se rend à un entretien d’embauche dans une usine textile : sa mère pense que Petrunya a une chance d’être recrutée grâce au soutien d’une tante. En fait, le responsable qui la reçoit l’humilie et déclare qu’elle est trop moche.

« Je suis une femme, pas une idiote »

En sortant, elle tombe sur une cérémonie orthodoxe qui se produit tous les ans à la fin de l’hiver : le pope jette dans la rivière une croix de bois. Petrunya saute dans les flots et emporte la croix. Son geste déclenche la colère des participants masculins, hurlant que cette tradition est interdite aux femmes. Malgré coups et menaces, Petrunya conserve la croix qui assure, dit-on, une année de bonheur et de prospérité à son propriétaire. La réalisatrice s’est sur ce point inspirée d’une histoire réelle effectivement survenue à Stip et dont l’héroïne a dû fuir le pays.

Petrunya, elle, fait front face au chef de la police, au pope et à sa mère, alors que le commissariat où elle est retenue est assiégé par de jeunes mecs excités. Celle qui, au début, se murait dans la bouderie et le silence, se redresse et commence à parler, à argumenter, à ironiser face à tous les conformistes et hypocrites qui veulent préserver l’ordre patriarcal (même si en réalité la croix leur importe peu) : « Je suis une femme, pas une idiote ».

Petrunya vit dans une petite ville mais un autre personnage, totalement différent, une journaliste de télévision venue de Skopje, illustre le fait que, même dans la capitale et dans un autre milieu, l’inégalité entre femmes et hommes reste la règle.

Henri Wilno

 

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