Désirs de révolution

De Nadejda Tolokonnikova, Flammarion, 2016, 18 euros. 

La der du livre résume vite et bien de qui on parle, et de qui parle... « À dix ans, Nadejda Tolokonnikova est féministe, à seize ans, étudiante en philosophie, à vingt et un, cofondatrice des Pussy Riot. Parce qu’elle a défendu la liberté d’expression et l’égalité des sexes, qu’elle a fait de l’art un moyen de résistance politique, elle a été condamnée par l’État russe à deux ans de détention dans une colonie pénitentiaire en Mordovie. » En effet, Nadejda Tolokonnikova est bien l’une des trois membres du célèbre groupe punk russe envoyées durant deux ans en prison pour avoir célébré une « prière » anti-Poutine dans la cathédrale du Christ-Saint-Sauveur à Moscou...

À 26 ans, elle publie aujourd’hui ce livre qui, comme on pouvait s’y attendre, constitue une véritable exécution du nouveau tsar capitaliste, mais aussi un intéressant témoignage sur son propre itinéraire, en particulier son expérience douloureuse dans les geôles poutiniennes. C’est enfin un hommage – individuel –aux Pussy Riot– un collectif –, à leurs combats pour l’égalité, contre la domination masculine et l’État de Poutine.

Le style du livre, ultra-découpé et n’échappant pas aux chemins de traverses et aux digressions, peut dérouter, voire déranger. Ce serait pourtant dommage de s’en priver. Car si le livre n’est en rien une réflexion ou un pamphlet théorique sur la « révolution » mentionnée dans le titre, il constitue par petites touches un tableau intéressant de la Russie contemporaine, de son système de verrouillage politique à son mode de vie (ses modes de vie ?), tout cela vu par une certaine jeunesse russe pressée d’en finir une bonne fois pour toute avec le « vieux fatras »...

En liberté plus que libertaire, Nadejda Tolokonnikova nous livre une jubilatoire conclusion : « Tu veux changer quelque chose ? Lève-toi. N’attends pas qu’on t’apporte quoi que ce soit sur un plateau. Même le meilleur, même le plus parfait des présidents t’apportera que dalle sur un plateau. Il ne t’apportera rien. Ici, on se sert soi-même. »

Manu Bichindaritz

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