De la guerre comme politique étrangère des États-Unis

De Noam Chomsky. Agone, 2017 (réédition), 10,20 euros.

Commander à la Librarie La Brèche.

Cette quatrième édition actualisée d’un recueil d’articles et textes de Noam Chomsky sur la politique impérialiste des États-Unis (avec une préface d’Howard Zinn) vient à point nommé pour illustrer à quel point la politique que met aujourd’hui en œuvre Trump se nourrit d’une longue histoire dominée par l’unique objectif d’assurer la grandeur de l’Amérique, établir et conforter sa domination sur le monde. Ce livre apporte un éclairage saisissant articulant les faits et les propos cyniques des principaux dirigeants américains.

La conquête de l’Irak devait être la première application de la « nouvelle grande stratégie impériale » de l’administration Bush. Celle-ci affirmait qu’il était dans l’intention des États-Unis de dominer le monde et de détruire toute puissance qui s’aviserait de les défier. Madeleine Albright, ambassadrice auprès des Nations unies, avait eu l’occasion de répéter au Conseil de sécurité le message du président Clinton selon lequel les États-Unis agiraient « multilatéralement si possible, mais unilatéralement si nécessaire ». Dans des messages au Congrès, son gouvernement avait affirmé le droit de « recourir unilatéralement à la force militaire » pour défendre les intérêts vitaux du pays, ce qui inclut de « garantir l’accès illimité aux marchés clefs, aux ressources énergétiques et stratégiques ». Comme Albright le souligna elle-même avec raison, cette doctrine s’inscrit dans une longue tradition des États-Unis que décrit et dénonce Chomsky.

Au-delà des nombreux exemples d’interventions américaines dans le monde, afin de sauvegarder leurs intérêts économiques, il y a une constante : leur mépris pour les traités internationaux dont Trump est le brutal continuateur.

Le livre illustre aussi les conséquences dramatiques de cette politique, son aveuglement, son incapacité à maîtriser sa propre logique. Datant de 2014, le dernier texte, « La géopolitique de la massue », le dénonce avec férocité à partir des enchaînements qui ont suivi l’intervention en Afghanistan engendre le terrorisme que les grandes puissances prétendent combattre. Puis l’aventure en Libye au milieu du soulèvement du printemps arabe contre Kadhafi, qui vit le triumvirat impérialiste – France, Angleterre, États-Unis – violer la résolution du conseil de sécurité de l’ONU exigeant un « cessez-le-feu immédiat et la cessation totale des violences et de toutes les attaques et exactions contre la population civile », accélérant brusquement les violences fournissant un terrain aux milices rivales, tandis que la terreur islamiste et les stocks d’armes se sont répandus sur une grande partie de l’Afrique ainsi qu’en Syrie... La terrible et implacable logique dévastatrice continue son œuvre barbare contre les peuples.

Yvan Lemaître

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