Crue de la Seine : plan d’évacuation d’urgence des musées sur fond de plan com’

Que d'eau ! 

On a fait beaucoup de cas ces derniers jours des pluies diluviennes qui s'abattent sur la France (et surtout de sa partie Nord) et leurs conséquences sur la crue des cours d'eau et des fleuves de l'hexagone (non mais quand même, au mois de juin ? Non mais rendez vous compte ma bonne dame). Les images de la Seine débordant de son lit, des habitants du Loiret se déplaçant en kayak dans les rues ont ravis les journaux télévisés tandis que les dizaines de milliers de personnes privées d'électricité et de leur logement n'ont déjà plus que leurs yeux pour pleurer... Mais c'est une autre conséquence de la crue qui a commencé à faire couler de l'encre depuis le jeudi 2 juin : le déclenchement « du Plan de Prévention des Risques Inondation » qui correspond à l'évacuation d'une partie des œuvres, en salle et en réserve, du Musée du Louvre et d'autres musées parisiens. Les œuvres exposées dans les toutes récentes salles du département des Arts de l'Islam étaient situées, depuis leur inauguration, en zone inondable et seront donc les premières évacuées. Il en va de même des œuvres situées dans la zone d'exposition temporaire (en ce moment, l'exposition qui vient de se terminer sur le peintre Hubert Robert) et d'une partie des réserves. A l'heure ou nous écrivons le Musée d'Orsay, également en bordure de Seine, vient d'annoncer l'évacuation du rez-de-chaussée des salles d'Expositions. Les Danseuses de Degas iront donc se mettre les pieds au sec, à l'étage !

 

Beaucoup de vagues pour rien ?

Voila ce qu'il en est pour les grands musées qui ont fait le choix de commencer ces évacuations en prenant le problème en amont. La crue centenale n'étant, selon les spécialistes, toujours pas d'actualité, ces mesures pourraient passer pour des actions préventives de bon sens. Mais il ne faudrait pas en rester à l'écume des choses... car cette situation aura eu pour autre conséquence de pointer les limites et les dysfonctionnements du secteur culturel face à de tels risques naturels.

Pour le Louvre, le risque de crue importante souligne les limites d'une politique entamée depuis plus d'un an par sa direction autour du projet de délocalisation de ses réserves à Liévin, à proximité du Louvre-Lens. A coup de com', de concours de stars architecturales et d'effets de manche, Jean-Luc Martinez (président-directeur du Louvre) et la ministre de la culture d'alors Fleur Pellerin avaient préféré lancer un grand projet couteux plutôt que de chercher des réserves plus proches en cas d'évacuation d'urgence (comme par exemple... une crue?).

 

Une catastrophe qui n'a rien de naturelle

Dans de telles situations il n'y a pas vraiment de secret, même si tout n'est pas nécessairement prévisible, il y a plusieurs éléments importants sur lesquels les facteurs humain et financier restent déterminants. Et il est vrai qu'investir, non seulement dans la culture, mais qui plus est, investir à long terme pour la sauvegarde du patrimoine « au cas ou » en prévision d'éventuelles catastrophes... dépasse largement les perspectives bas-du-front de la politique culturelle du gouvernement. Comme partout, l'ambiance est plutôt à serrer la ceinture, à distribuer les subventions au compte-goutte et ne pas renouveller les postes... Et c'est sans parler des structures locales ou régionales qui sont d'autant plus démunies face aux plans de sauvegarde de leurs collections et qui ne doivent souvent compter que sur leurs maigres forces pour les évacuations d'urgence ! 

Il faudra tirer les bilans de cette crue et de ses conséquences sur les collections patrimoniales et nous n'avons, probablement, pas encore tout vu. Le musée Girodet, de Montargis, à par exemple déjà perdu sous les eaux une large majorité de ses collections (à l'exception des « chefs-d'oeuvres » évacués en urgence par les équipes du musée dans la nuit de jeudi)... Il n'est probablement pas le seul ! La majorité des chateaux de la Loire se sont également retrouvés submergés par la crue, tous leurs sous-sols et rez-de-chaussée impactés par la montée des eaux. Qu'en est-il des archives municipales, régionales, des réserves des bibliothèques, des chapelles inondées ?

 

Comment sortir la tête de l'eau ?

Comme pour les réparations et les indemnisations des sinistrés, il faudra probablement se battre pour récupérer ce qui a été perdu, détruit et pour reconstruire derrière. L'Etat, tout comme les médias, ont pu se jeter sur les inondations pour noyer le mouvement contre la « Loi Travail » et toutes les autres revendications sectorielles... M. Valls, qui n'a décidement pas inventé l'eau tiède, a même eu le culot d'en appeler à la fin de la grève « en solidarité » avec les sinistrés ! Et bien que le gouvernement commence par prendre ses propres responsabilités et arrête avec les économies de bouts de chandelles (et retire son projet de loi bidon). En ces périodes de crise, il a eu vite fait de balancer la culture et le patrimoine avec l'eau du bain, mais, ne nous y trompons pas : c'est aussi une attaque contre le service public et contre le droit à la culture des travailleurs et des classes populaires ! Lutter pour la sauvegarde des biens publics et communs de notre patrimoine, pour leur conservation et pour leur accès libre et gratuit est plus que jamais urgent !

 

Manon Boltansky

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