Condor, de Caryl Férey

Folio policier, 512 pages, 8,30 euros. 

Plus de 40 ans après le coup d’État sanglant de Pinochet, Gabriela, une jeune indienne mapuche de 25 ans, qui a quitté l’Argentine pour le Chili à l’âge de 4 ans, participe aux manifestations étudiantes à Santiago contre la libéralisation à outrance de la société chilienne et pour « une éducation gratuite et de qualité »… Et ce roman démarre au rythme effréné que nous avons déjà lu et apprécié sous la plume de Caryl Férey dans son précédent ouvrage, Mapuche, qui se déroulait en Argentine.

La Población, le MIR et les tortionnaires

Des adolescents sont retrouvés morts, peut-être d’overdose, dans une des nombreuses décharges à ciel ouvert de la Población La Victoria. Stephano, ancien du MIR et de la garde personnelle de Salvador Allende ; Patricio, le curé des pauvres ; Estéban, l’avocat des « causes perdues », fils d’une riche famille ; des tortionnaires, des escrocs qui s’en mettent plein les poches par le crime, le trafic de drogue et l’extractivisme sans limite, peu soucieux des humains comme de la nature : le décor est planté. Le tout sous l’œil de la petite caméra de Gabriela.

Victor Jara, le poète guitariste, s’invite dans l’histoire, de même que les crimes commis par la dictature, qui hantent les souvenirs tant de l’avocat des causes perdues que ceux de Stephano, torturé après sa capture et dont le genou a volé en éclats dans la sinistre « Villa Grimaldi ».

Une course-poursuite jonchée de cadavres d’innocents, puis de ceux d’authentiques assassins et tortionnaires dans un paysage sans fioriture, un Chili sorti de la dictature, mais les suppôts du dictateur sont encore dans les rouages économiques et politiques d’un pays baignant dans le capitalisme sauvage, sous un ciel plombé et sans soleil. Santiago, Valparaiso, le « salar » d’Atacama, l’histoire de 1973 qui ressuscite dans la chair des protagonistes de ce roman… et un peu aussi dans nos mémoires.

Des parts d’ombre de chacune et chacun à la lumière aveuglante et mortelle du « salar », du chamanisme de Gabriela aux chiens errants dans les décharges pestilentielles d’ordures et de corruption ce roman nous plonge dans une part du Chili d’aujourd’hui et d’hier…

En format poche, il s’emmène partout et se lâche difficilement.

TD

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