Cinéma : Merci patron !

De François Ruffin. Sortie le mercredi 24 février

On passe un bon moment avec ce film : on sourit, on se marre mais il y a aussi de l’émotion, et de quoi mettre en colère... Ce film est à la fois un documentaire et une fable. Le style rappelle Michael Moore, l’aspect enquête à la recherche du patron, avec humour et ironie.

C’est donc l’histoire d’un patron hyper riche, Bernard Arnaud, patron de LVMH, le plus riche de France (40 milliards d’euros en coffre...) qui a fait sa fortune grâce à l’exploitation du travail des autres, licenciant ces dernières années des milliers de salariéEs. Cela se passe dans le Nord, une région dévastée par les fermetures d’usines, notamment dans le textile. Des images d’archives racontent le parcours d’un ultra riche, la construction de sa fortune faite non pas grâce à une intelligence supposée mais par le vol.

Les personnages principaux sont des ouvrières anciennement jetées à la porte, pour certaines toujours au chômage, dans la précarité et dans la pauvreté. C’est dur, c’est triste, c’est révoltant, car il y a la souffrance de ces gens, plus brisés et abandonnés qu’en colère. Un drame humain qui côtoie un monde de riches, incroyablement méprisants, indécents et cyniques.

Le réalisateur-journaliste François Ruffin dénonce ce capitalisme destructeur et pilleur de richesses, tout cela se traduisant par les ravages sociaux. Sans doute pour ne pas sombrer dans le pessimisme, il le fait en s’amusant. Il élabore un genre d’arnaque pour récupérer au moins un bout de cette richesse, comme un Robin des bois redistribuant l’argent volé par leur ex-patron à une famille licenciée, toujours sans emplois, menacée de finir par tout perdre, car dans une procédure d’expulsion de leur maison.

On suit cette histoire avec plaisir, avec l’espoir que nos personnages prennent en quelque sorte leur revanche. Pas besoin d’entretenir le suspense, ça se termine plutôt bien. Enfin, façon de parler car évidemment cela reste relatif, et l’idée du film n’est pas de nous faire croire au mythe du sauveur de pauvres.

Le « sauvons-nous nous-mêmes » n’est malheureusement pas d’actualité. Au travers du film et des entretiens avec ces ouvrierEs – sauf avec l’ex-déléguée CGT qui milite encore – se révèle leur isolement et leur fatalisme. Illustration terrible quand un des ouvriers s’adresse à son patron-licencieur par l’intermédiaire de la caméra pour lui demander, le supplier, de lui donner un boulot pour vivre. Tout cela reflète la résignation réelle qui pèse, qui coûte cher à notre camp social tant elle empêche la révolte de s’exprimer, une révolte pourtant complètement légitime et saine. C’est cette résignation qui empêche d’envisager la perspective de rendre les coups collectivement.

Ce film fait du bien. Il remet les riches à leur place, illégitime, les traite d’égoïstes, de casseurs. Et à la fin, on a comme une envie d’aller immédiatement leur reprendre toutes les richesses volées, par l’expropriation, par l’action collective bien sûr. Et sans dire merci !

Béatrice Walylo et Philippe Poutou

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