Cinéma : La Belle et la meute

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De Kaouther Ben Hania. 

Deuxième long métrage de fiction de la réalisatrice tunisienne, après le Challat de Tunis sorti en 2014, la Belle et la meute a été sélectionné au festival de Cannes dans la catégorie « Un certain regard ». Il est sorti en France le 18 octobre et sortira en Tunisie le 12 novembre.

Kaouther Ben Hania s’est inspirée d’un fait divers qui s’est passé à Tunis en 2012, un an après la chute de Ben Ali. Un couple est interpellé par trois policiers, un soir sur la plage. L’homme est menotté et rançonné par l’un d’entre eux, pendant que les deux autres violent sa fiancée. Ce fait divers a fait scandale, des manifestations ont eu lieu, d’autant plus que la justice a dans un premier temps inculpé la jeune femme pour « atteinte à la pudeur ». Meriem Ben Mohamed s’est battue et a réussi à faire condamner les policiers auteurs du viol à 15 ans de prison. Dans un livre, Coupable d’avoir été violée, elle raconte les difficultés qu’elle a rencontrées : pression de la police, de la justice, de la famille, des amis, sa solitude…

La bataille d’une nuit 

Kaouther Ben Hania prend ce fait divers comme point de départ de son film, qui n’est pas un documentaire mais bien une fiction. Le scénario se concentre sur une nuit. La jeune Mariam (Mariam Al Ferjani) veut porter plainte, mais on la renvoie systématiquement au commissariat où elle se retrouve confrontée aux collègues des violeurs. Sa plainte, c’est la bataille d’une nuit.

La réalisatrice découpe son histoire en 9 plans séquences. Chaque plan est un moment de la confrontation avec la police : chantage à la famille, chantage au « qu’en dira-t-on », culpabilisation de la victime, violence physique, pression religieuse, appel à son patriotisme… tout l’arsenal de la domination masculine. 

Chaque plan est annoncé par un chiffre à l’écran : une façon intelligente d’être dans l’évènement tout en ayant une distance interdisant tout pathos ou voyeurisme. Le public est toujours en tension, se demandant si Mariam va y arriver, de plus en plus seule face à l’institution.

Le plan séquence oblige à beaucoup de travail et de précision de la part des acteurEs, puisqu’il n’y a pas de montage. C’est pour cette raison que Kaouther Ben Hania les a choisis dans le milieu du théâtre. Mariam Al Ferjani, qui interprète de façon magistrale le rôle principal, a été retenue en raison de son visage « qui mélange un côté enfantin et une affirmation de femme adulte. »

Le film est construit de façon magistrale et, malgré l’horreur et la violence subies par son héroïne c’est l’espoir qui l’emporte. La réalisatrice craignait qu’il ne soit enfermé dans son aspect « tunisien » mais les ressorts de la domination masculine et de l’oppression des femmes sont largement partagés. Le scandale Weinstein et l’onde de choc qu’il a produite sont là pour le prouver. Ce film parle à toutes les femmes, et pas qu’à elles. À ne pas rater.

Jean-Marc Bourquin

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