Cinéma : Faute d’amour

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Culture
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D’Andreï Zviaguintsev. Avec Alexey Rozin, Maryana Spivak et Marina Vasilyeva, sorti le 20 septembre 2017. 

Disons-le d’entrée : nous sommes en présence d’un chef-d’œuvre ! Autrement dit : ne pas traîner pour aller le voir… 

Faute d’amour est le cinquième long métrage du cinéaste russe Andreï Zviaguintsev. Il y quelques mois, nous avions pu découvrir à la télévision Léviathan, sorti en 2014. C’est en grand poète et en dramaturge que le cinéaste russe creuse son sillon et atteint ici le sublime, dans la veine du cinéma de Bergman et plus encore de Kieslowski ou Haneke.

Une banlieue moscovite

L’histoire se passe dans une banlieue moscovite en 2012-2013. Aliocha est un adolescent de douze ans, qu’on imagine avec la sensibilité, les interrogations et les fragilités des adolescents du monde entier – l’interprétation par le jeune Matveïv Novikov est de très haut niveau. Ses parents vont se séparer, et s’ils se disputent violemment, ce n’est pas pour avoir sa garde, c’est pour ne pas l’avoir ! C’est que père et mère ont entrepris une « nouvelle vie »...

Zviaguintsev nous montre un Aliocha totalement dévasté par la confirmation d’être de trop : on ne se souvient pas d’avoir vu le désarroi d’un enfant capté ainsi par une caméra ! Nous sommes alors totalement happés par le film lorsque, le lendemain, Aliocha part pour le collège et ne reviendra plus.

Un miroir tendu à la Russie… et au monde

Dès lors, tout le film sera l’histoire de la recherche d’Aliocha. Par sa disparition – constatée par les parents avec 36 heures de retard – l’enfant va revenir pleinement, et par la plus violente des manières, au centre de leur vie. Tout au long de cette recherche à laquelle nous sommes associés, nous voyons Boris (le père) et Génia (la mère) se révéler dans la vérité de leur existence, de leurs choix, au travail, dans leurs amours… Sans la moindre complaisance vis-à-vis de ces personnages adultes, le film avance avec toute la lenteur nécessaire pour exposer la réalité des relations entre eux. Une réalité intime qui fait exploser, dans plusieurs moments de paroxysme, le blindage des rôles dans lesquels les protagonistes sont emmurés vivants. 

Une réalité totalement inscrite dans un cadre plus large, au sens plein, politique et social. Moscou, ville particulière sans doute, mais ville à l’heure du néolibéralisme ravageur de vies, jusque dans l’intimité des personnes. Le film récompensé à Cannes, Prix du jury, a provoqué à sa sortie en juin en Russie un énorme débat. Mais ce miroir tendu vaut bien au-delà de Moscou…

Fernand Beckrich

 

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