Cinéma : Au revoir là-haut

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Culture
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D’Albert Dupontel, avec Nahuel Perez Biscayart, Albert Dupontel et Laurent Lafitte . Sortie le 25 octobre 2017.

L'adaptation cinématographique d’un roman célébré il y a quatre ans (notamment par le Prix Goncourt) avait tout du casse-gueule. Et pourtant…

Outre les difficultés « traditionnelles » de l’adaptation d’un roman sur grand écran, il faut dire que la période – la guerre 1914-1918 et ses suites –, déjà bien labourée, avait donné lieu à quelques grands films comme les Sentiers de la gloire, Capitaine Conan ou la Chambre des officiers (pour ne citer que ceux-là...). Dans ce cadre, le travail d’Albert Dupontel – avec le soutien et les compliments de l’auteur Pierre Lemaître – s’avère bluffant, tant le réalisateur a parfaitement réussi à conjuguer la petite histoire à la grande, un cinéma populaire à un contenu exigeant (et plaisamment subversif).

Galerie de portraits cruellement drôle

L’entrée en matière – au cœur des tranchées et de la folie belliciste et criminelle des galonnés – est saisissante, et le reste est à l’avenant. En suivant les pas d’une « gueule cassée » attachante, renégat issu d’une famille de la grande bourgeoisie, nous plongeons de plain-pied dans une période trouble, où les profiteurs de la guerre sont aussi devenus ceux de l’après-guerre... et où les victimes de la grande boucherie sont ensuite devenues des déclassés. La galerie de portraits est cruellement drôle (à moins que ce ne soit l’inverse), à commencer par ce splendide salaud de lieutenant devenu un affairiste escroc ou cet industriel bourgeois qui dicte ses ordres et recommandations au maire...

D’une sensibilité tout à fait libertaire, Albert Dupontel n’y va pas par quatre chemins pour dénoncer les dégâts du capitalisme et de la recherche du profit, les ravages et la bêtise du patriotisme, et le cynisme de ceux d’en haut. Point d’orgue qui résume à lui seul l’esprit du film, cette fête alcoolisée se déroulant dans un grand hôtel de luxe... où l’on s’amuse à gentiment dézinguer (à coup de bouchons de champagne !) tous les responsables de la guerre. Colère contre les puissants, tendresse pour les déclassés et les marginaux, tout le cinéma du réalisateur est bien là. On espère pour longtemps.

Manu Bichindaritz

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