Chris the Swiss

D’Anja Kofmel. Film Suisse / Croate / Allemand / Finlandais, 2018, 1 h 25.

Qui était vraiment Chris the Swiss (Chris le Suisse), comme on l’appelait en Croatie aux débuts des années 1990 ? Sa cousine Anja Kofmel, dessinatrice et réalisatrice de films documentaires, s’est lancée en 2010 sur les traces de son cousin Christian Würtenberg, dont la mort en 1992, alors qu’elle avait dix ans, l’avait profondément marquée au point de susciter chez elle des cauchemars récurrents.

Un film de guerre particulier

Il en résulte un film passionnant, qui relève à la fois du cinéma d’animation et du documentaire. La réalisatrice fait un véritable travail d’enquête. Chris a eu, avant d’aller sur le front croato-serbe, un parcours bizarre qui l’avait mené, encore mineur, dans l’armée sud-africaine de l’apartheid qui combattait les indépendantistes namibiens. Sa route avait aussi croisé le terroriste Carlos qui, depuis sa prison, déclare à sa cousine qu’il a été éliminé car il était un espion des services secrets suisses. 

Chris est parti en Croatie comme journaliste. Il a effectivement réalisé des reportages, mais il est mort étranglé revêtu de l’uniforme d’une unité internationale dépendant de l’armée croate et composée de mercenaires d’extrême droite. Les dernières pages de son carnet de notes ont été arrachées. Il aurait été en train d’enquêter sur les soutiens étrangers de cette milice, notamment du côté de la « respectable » Opus Dei, organisation catholique tentaculaire et fort riche. L’ayant découvert, son chef a donné l’ordre de l’assassiner. Ce chef, Chico, au parcours compliqué, finira lui-même plus tard éliminé par des unités spéciales boliviennes car il préparait un attentat contre le président Evo Morales. 

Qui était Chris ? Le film ne tranche pas vraiment : un journaliste prêt à prendre des risques immenses pour dénicher des informations ou bien un aventurier énigmatique ne répugnant pas aux contacts avec des fous de guerre fascistes.

Chris the Swiss est donc un film de guerre particulier qui, outre ses qualités graphiques, permet de revenir sur les débuts d’un conflit qui a ensanglanté l’Europe entre 1991 et 2001. Un de ses principaux intérêts est d’aborder la question de la participation à cette guerre, du côté croate, d’aventuriers d’extrême droite liés à des réseaux internationaux, notamment ultra-catholiques – d’autres réseaux ayant, par ailleurs, soutenu les Serbes.

HW

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.