« Chefs-d’œuvre de Budapest »

Au musée du Luxembourg jusqu’au 10 juillet 2016. 

C’est une chance de pouvoir admirer à Paris les chefs-d’œuvre du musée de Budapest, actuellement en rénovation, une des collections les plus remarquables d’Europe centrale, véritable résumé de l’art occidental du 14e au 20e siècle.

C’est aussi un aperçu de l’histoire du rayonnement culturel de l’empire austro-hongrois et de ses monarques, à l’instar de Matthias Corvin au 15e siècle, humaniste et mécène qui importe le raffinement italien d’un Andrea Pisano ou de Liberale da Verona, émule de Giotto, ou encore de Rodolphe II à Prague, protecteur des arts à défaut d’être fin politique lors du règne des Habsbourg d’Autriche qui s’étend alors de l’Espagne à la Hongrie.

La sélection proposée nous donne à voir toutes les influences artistiques qui ont traversé le pays sur fond de Réforme et de Contre-Réforme. C’est au 16e siècle la Renaissance germanique : à la suite de Albrecht Dürer, Lucas Cranach l’ancien, Albrecht Altdorfer, dans ce qui a été appelé l’école du Danube, se démarquent en peignant paysages et visages humains. C’est l’influence de l’Italie du Cinquecento qui, à côté de la peinture religieuse de Bernardino Luini, voit surgir une peinture profane, Véronèse, le Tintoret. C’est la transformation de la peinture religieuse au 17e siècle où apparaissent l’émotion et les effets de lumière chez le Greco (plusieurs belles œuvres ici), ou le réalisme baroque chez Artemisia Gentileschi. C’est l’Age d’or hollandais, bien représenté ici : plus rien de religieux dans les peintures urbaines de la bourgeoisie marchande, ni dans les portraits de Franz Hals, Rembrandt van Rijn, Jan Steen, encore moins dans le réalisme social de la Porteuse d’eau de Goya.

Un parcours chronologique interrompu par une belle salle sur les caractères du visage et ses correspondances à travers les siècles, pour finir par la part moderne : les impressionnistes français, l’Estacade de Trouville de Monet, la célèbre Maîtresse de Baudelaire par Manet, Cézanne, Gauguin, Kokoshka, Egon Schiele, etc. et des peintres hongrois – ayant tous fait un passage à Paris – que l’on (re)découvre, en particulier Joseph Rippl-Ronai très Nabi, Károly Ferencsy l’impressionniste hongrois, Mihály Munkácsy l’anti-impressionniste, et les symbolistes Pál Szinyei Merse ou János Vaszary.

Bref, une très belle expo, réconfortante, qui montre combien l’Europe culturelle est vivante et recèle des trésors dans sa diversité.

Ugo Clerico

 

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