Che Guevara, ombres et lumières d’un révolutionnaire

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Culture
idées

De Samuel Farber. Éditions Syllepse, Paris, 2017, 180 pages, 18 euros. 

Concis et argumenté, cet ouvrage est bienvenu à l’occasion du 50e anniversaire de l’assassinat du guérillero révolutionnaire.

En toute solidarité avec le combat de Che Guevara, Samuel Farber, militant d’extrême gauche cubano-américain, fait un retour critique sur la période, l’homme, ses échecs, ses illusions, les mythes parfois persistants, à la lumière de l’expérience de Cuba avec Castro et à l’heure de la mondialisation.

Renversement de la dictature et réformes démocratiques

Farber s’attache à toujours étudier l’action et la pensée de Che Guevara dans son contexte. Il reconstitue ainsi l’itinéraire de ce jeune intellectuel issu de classe moyenne d’un pays relativement développé, l’Argentine, qui se retrouve sur une île, Cuba, dont la bourgeoisie est une des plus faibles et abruties du continent, dans une guérilla exportée par de jeunes citadins venus d’ailleurs. Une guérrilla qui se construit sur la base d’idées nationalistes radicales, avec comme base la paysannerie, en rupture avec la classe ouvrière des villes, même celle qui n’est pas sous l’emprise de la bureaucratie syndicale. Le Che se fait le théoricien de la subordination des militants des villes à ceux de la guérilla pour un objectif démocratique bourgeois : le renversement de la dictature et des réformes démocratiques. 

Féru de marxisme (contrairement à Fidel Castro mais comme son frère Raúl, sans se dire comme lui « communiste »), Che Guevara n’a jamais pu ni su se lier au mouvement ouvrier qui était alors dominé par le stalinisme. Il n’a jamais défendu une politique visant l’appropriation collective des richesses par les travailleurs ni l’idée d’un parti d’émancipation démocratique et révolutionnaire, internationaliste, leur permettant de la penser, la préparer et la mener à bout, d’en être les acteurs.

Après la prise du pouvoir

Aussitôt après la prise du pouvoir, le Che, à la tête de la Banque puis du ministère de l’Industrie de Cuba, y défendra « l’émulation socialiste morale » pour entraîner au travail, comme les staliniens imposaient « l’émulation matérielle » ou stakhanovisme, en s’inscrivant, de fait, dans la théorie du socialisme dans un seul pays encerclé par le géant étatsunien. C’est aussi le sens de sa défense de « l’Homme nouveau », travailleur modèle, ascète et surtout, ne participant à aucune élaboration ni ne contestant aucune décision venue de l’avant-garde dirigeante, du parti unique synonyme des intérêts du prolétariat.

Lorsqu’il quitte Cuba pour développer la guérilla en Bolivie, le Che va passer outre la volonté de l’allié soviétique de ne pas déstabiliser le statu quo entre les deux grandes puissances de la guerre froide. S’il s’éloigne ainsi de Castro, il ne rompt pas avec sa conception du pouvoir et du parti unique, ni de la gestion autoritaire de l’économie d’un pays pauvre ayant durement gagné une marge de manœuvre très étroite dans le monde capitaliste.

Comme l’illustre l’expérience humaine et politique dramatique du Che rapportée dans ce livre, « si le socialisme, c’est le pouvoir de la classe ouvrière et de ses alliés, il ne peut être réalisé que s’il s’accompagne de la démocratie la plus entière ».

Mónica Casanova

 

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