Bran coucou

Album de Piniol, Dur & Doux, 2019. Écoute et téléchargement sur : https ://piniol.bandcamp.com/album/bran-coucou.  

Ils aiment les noms courts, la camaraderie et les blagues potaches. Les groupes Ni et Poil ont mélangé leurs lettres et additionné tous leurs membres pour faire Piniol. 

La gaudriole s’arrête là, à l’instar d’un Frank Zappa instrumental dont la trivialité des paroles aurait été reléguée aux seuls titres des morceaux. Un Frank Zappa nous ayant déjà prouvé il y a longtemps que grossièreté et exigence artistique n’étaient pas antinomiques.1 

« Ça marchera jamais »

« Ça marchera jamais » est le slogan de Dur & Doux, leur collectif et label discographique. Il est vrai qu’ici le pari pouvait sembler risqué. Nous nous retrouvons en présence d’un claviériste entouré de deux trios guitare / basse/ batterie, pour une musique imprévisible, frénétique sans être étrangère à la notion de transe et, bien que très écrite, totalement libre. On ne saurait y mettre une étiquette : Rock progressif ? Metal ? Mathcore ? Quelle importance, lorsque tout est possible autant que son contraire, les compères assumant avec détachement des influences très variées, jusqu’aux musiques médiévales ou orientales, et n’excluant pas un minimalisme répétitif comme dans leur longue et hypnotique intro de concert. 

Sont évités certains pièges comme se contenter d’un gros son ou se complaire dans le « n’importe quoi » auquel toute cette folie concentrée aurait pu naturellement mener. Au contraire, chacun des deux batteurs joue à sa façon une partition identique, à savoir des rythmes asymétriques et changeants, pendant que les autres – mention particulière aux bassistes – imbriquent de multiples schémas mélodiques à la manière de la peinture pointilliste, chacun s’insérant avec précision dans les silences des autres.

Vu récemment lors d’un festival dédié au Rock in Opposition (style musical créé dans les années 1970 en réaction à l’industrie du disque), ce groupe illustre parfaitement, au-delà de la désinvolture affichée, le mot de Tim Hodkinson du groupe emblématique Henry Cow : « Notre musique est socialiste bien qu’instrumentale ». Elle est en effet indéniablement progressiste, non formatée, discrètement avant-gardiste et, ajoutons dans ce cas précis, tout sauf absconse. 

Même si les novices apprécieront à petite dose cette musique certainement pas de tout repos, ils et elles auront intérêt à s’intéresser à Ni, Poil et Piniol, expérience qui peut s’avérer, à la longue, tout simplement jouissive.

Benjamin Croizy

  • 1. On s’amusera d’une polémique passée autour des textes de certaines formations de ce label rhône-alpin. Voir le clip tordant de Poil, intégrant à sa chanson « Tronche à cul » les paroles citées en plein conseil régional par une élue FN horrifiée.

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