BD : La Présidente - tome 3 : la Vague

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Culture
idées

Dessin de Farid Boudjellal, scénario de François Durpaire, Les arènes – Démopolis, 2017, 20 euros. 

Avec cette série, François Durpaire imagine la victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2017 et la mise en pratique du programme du Front national.

Dans la Présidente, le lecteur assiste à l’ascension de Marine Le Pen du point de vue d’une famille qui résiste tant bien que mal au nationalisme triomphant. Le résultat est glaçant de réalisme. Durpaire met le doigt sur les limites législatives et institutionnelles de la 5e République en montrant comment Marine Le Pen met en place une politique quasi fasciste en utilisant les lois déjà existantes. Le deuxième tome, Totalitaire, pousse plus loin la question de la surveillance en introduisant la notion de big data et d’usage des libertés individuelles. Une opposition politique y apparaît, animée par des valeurs humanistes, et c’est Valls, choix surprenant, qui fait figure de leader de l’opposition...

Ce dernier tome marque la chute de l’empire Le Pen après 6 ans d’une présidence désastreuse aussi bien sur le plan économique que social. On y voit la connexion entre de grandes firmes capitalistes comme Google et Amazon, et les dictatures de nombreux pays, à la rencontre entre nationalisme fascisant et libéralisme orwellien. Ce n’est que dans cette fin de volume que le premier mouvement social éclate, en juillet 2023, mais bien vite c’est le tandem Taubira-Macron qui lui vole la vedette en incarnant « l’alternative humaniste à Le Pen ». Le dénouement est moins maîtrisé : l’apparition soudaine de Macron qui devient la candidature unique de toute l’opposition, l’ode à l’humanisme républicain, le vainqueur qui démissionne au profit d’une Assemblée constituante, l’état d’urgence levé, la citoyenneté d’entreprise inventée… Un happy end en décalage avec le réalisme mesuré des précédents tomes et une fin de saga simpliste. L’auteur aurait-il cédé à la tentation de tout faire pour sortir son troisième tome avant l’élection présidentielle, quitte à bâcler sa conclusion ?

Au final, malgré des éléments de critiques du système pertinents, l’auteur ne pousse pas suffisamment loin sa réflexion ; réduisant le peuple à l’état de spectateur silencieux. Malgré cette fin manichéenne, un ensemble réussi.

Antoine