Babylon Berlin

Série allemande. Saison 1 diffusée sur Canal + et disponible en DVD.

La série Babylon Berlin revisite le passé de l’Allemagne et nous plonge dans les affrontements sanglants qui ont marqué la République de Weimar, dix ans après l’écrasement de l’insurrection spartakiste qui a suivi la Seconde Guerre mondiale. 

Un tableau éblouissant de Berlin

Deux intrigues sont menées de front : l’affrontement entre staliniens, trotskistes, fascistes et aventuriers pour s’emparer d’un wagon d’or envoyé d’URSS, et la recherche d’un film pornographique compromettant par un policier traumatisé par la Première Guerre mondiale. Ces scénarios rocambolesques, s’ils nous tiennent en haleine, servent surtout de prétexte pour livrer un tableau éblouissant de Berlin à la veille de la grande crise. La misère sordide des taudis où s’entassent les prolétaires côtoie l’opulence et les fastes d’une folle vie nocturne sans équivalent en Europe. Les riches s’amusent et veulent oublier les ravages de la guerre et la colère populaire qui gronde. 

L’épisode le plus impressionnant est la répression sanglante de la manifestation organisée par le KPD le 1er mai 1929. Le préfet social-démocrate Zorgiebel envoie des automitrailleuses et fait tirer sur la foule pour montrer à la bourgeoisie qu’il est capable de mater Berlin la rouge. Le KPD suit alors la ligne « classe contre classe » établie par Staline, politique catastrophique qui contribuera à la victoire du nazisme. Le parti est en effet totalement isolé et ne tente rien pour entraîner les ouvriers influencés par la social-démocratie, de sorte qu’il envoie ses militantEs à l’abattoir. On voit d’ailleurs un beau personnage de femme, un médecin, qui appelle les ouvriers à venger leurs camarades, selon les consignes du parti. Une ligne « ultra gauche » qui n’empêche pas l’URSS de collaborer avec le gouvernement allemand pour lui permettre de se réarmer en secret, en dépit des clauses du traité de Versailles. D’où l’envoi de ce mystérieux train qui contient, outre l’or, des containers de -phosgène, le gaz mortel utilisé pendant la guerre. 

La reconstitution de la ville, des stations de métro, des boîtes de nuit et des spectacles de music hall  est fabuleuse. Les images, splendides, s’inspirent de l’esthétique expressionniste. Les références à Fritz Lang et Murnau sont évidentes et nombreuses. On pardonnera aux réalisateurs d’avoir pris quelques libertés avec la vérité historique1, d’autant que des personnages attachants et souvent complexes donnent beaucoup de crédibilité à cette fresque somptueuse. Comme le souligne l’un de ses réalisateurs, Henk Handloegten, Babylon Berlin entre en résonance avec la situation actuelle quand, « pour la première fois depuis la chute de la République de Weimar, nous nous retrouvons dans une situation comparable en Allemagne, avec une partie croissante de la population qui se positionne à l’extrême droite »2.

Gérard Delteil

  • 1. Les trotskistes crient « Vive la IVe internationale ! », alors que celle-ci ne sera créée qu’en 1938. Et rien ne corrobore leur massacre à grande échelle dans Berlin par des agents du GPU en 1929. Les grandes purges et campagnes d’assassinats d’opposants à Staline ne seront déclenchées que dans les années trente.
  • 2. Interview publiée dans Die Zeit, 29 septembre 2017.

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