B. Traven, romancier et révolutionnaire

De Rolf Recknagel. Traduit de l’allemand par Adèle Zwicker, éditions Libertalia, 480 pages, 12 euros. 

Les éditions Libertalia viennent de rééditer la seule biographie de B. Traven en français, signée Rolf Recknagel, parue précédemment en 2008 aux éditions L’Insomniaque. 

Heureuse initiative à double titre. D’abord parce que cette édition était quasiment introuvable, mais aussi parce que cet écrivain, dont les œuvres se sont vendues à des millions d’exemplaires dans le monde, est assez peu connu en France. 

De la Bavière au Mexique

À l’instar de celle de Jack London, l’œuvre de Traven ne peut se comprendre sans connaître sa vie. Ou du moins ce qu’on a fini par en connaître. Car il a fallu des années et des années, grâce aux recherches de R. Recknagel, pour avoir la certitude que derrière B. Traven se cachait un dénommé Ret Marut qui avait participé à l’éphémère république des conseils de Bavière, à Munich, en 1919. Il publie alors Der Ziegelbrenner (le fondeur de briques), revue anarchiste, violemment antimilitariste, et inspirée par l’œuvre de Max Stirner, surnommé par Marx le « Don Quichotte de la libération individuelle ». Il élabore un projet de réorganisation de la presse et, arrêté en mai 1919, il réussit à s’enfuir. Après deux ans d’errance en Allemagne, il passe en Angleterre, fait deux mois et demi de prison puis, libéré, parvient à s’embarquer vers le Mexique.

C’est de Tampico qu’il envoie son premier roman (non traduit en français) au Vorwärts, quotidien du SPD, sous le nom de B. Traven. Il publie ensuite en Allemagne le Vaisseau des morts (son chef-d’œuvre, très actuel par la situation de sans-papier du personnage principal), le Trésor de la Sierra Madre, la Révolte des pendus, la Charrette, Indios, ainsi que d’autres romans dont plusieurs restent ­inédits en français.

« Pas d’autre biographie que ses œuvres »

L’essentiel de son œuvre est consacrée aux communautés indiennes du Mexique, du Chiapas en particulier, y compris dans les recueils de nouvelles, souvent remarquables (le Visiteur du soir, Macario).

Cherchant sans cesse à brouiller les pistes sur son identité réelle, celui qui restera connu sous le nom de B. Traven avait utilisé pas moins d’une trentaine de pseudonymes, affirmant : « La biographie d’un homme créatif n’a pas la moindre importance. Si on ne reconnaît pas l’homme à ses œuvres, de deux choses l’une : soit c’est l’homme qui ne vaut rien, soit ce sont ses ouvrages. L’homme créatif ne doit pas avoir d’autre biographie que ses œuvres. »

Il meurt le 26 mars 1969 et ses cendres, selon sa volonté, sont répandues par avion au-dessus d’une rivière du Chiapas.

Lisez la biographie de Recknagel, mais surtout lisez les œuvres de Traven, publiées pour la plupart à la Découverte ou chez Stock (le Visiteur du soir), sans oublier la remarquable BD que lui a consacré Golo, B. Traven, portrait d’un anonyme célèbre (Futuropolis).

Lucien Sanchez

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