American Factory

De Steven Bognar et Julia Reichert, 1 h 55 min. Disponible sur Netflix (pratique en ce moment).

Exploitation sans frontières

Hiver 2008 : des syndicalistes réunissent des salariéEs devant une usine General Motors près de Dayton (Ohio) pour leur annoncer la fermeture : le trust de Detroit licencie 2 400 personnes. Six ans plus tard, un millardaire chinois qui se fait appeler « président » rachète le site pour son entreprise de vitrage automobile. Au-delà de la mégalomanie patronale, le documentaire montre comment les « repreneurs » font du chantage à l’emploi pour rafler des subventions dans une ville sinistrée.
Les 2 000 travailleurEs sont mal payés et subissent un management agressif qui dresse contre eux les 200 employéEs chinois chargés de les faire trimer comme en Chine. Une virée de contremaîtres américains y révèle la dureté de la condition ouvrière, là où le secrétaire du syndicat (et chef local du PCCC) est le beau-frère du patron ! Malgré quelques clichés (armes et prières aux USA – obéissance aux chefs et patriotisme en Chine), le film décrit bien la dégradation du rapport de forces entre travailleurs et patrons dans l’Amérique d’aujourd’hui.

Chasse aux ouvriers trop revendicatifs

L’exploitation acharnée des ouvriers appelle une riposte collective. Mais la seule perspective proposée est le vote en faveur du syndicat de l’automobile (UAW). Certes, des patrons chinois ou américains rejettent le système qui consiste à « syndiquer » une entreprise. On voit ainsi la direction faire la chasse aux ouvriers trop revendicatifs et payer des consultants mercenaires pour empêcher la création du syndicat.
Cependant, ce vote pour « syndiquer » l’entreprise (qui rappelle Norma Rae) n’a rien à voir avec une mobilisation. Le film ne montre pas que le syndicat est parfois un auxiliaire des patrons. Lors de la crise de 2008 comme dans la grève de l’automne 2019 chez GM, l’UAW a négocié les reculs plutôt qu’organiser la riposte.
Le film revendique d’ailleurs une véritable cogestion entre syndicats et bons capitalistes américains (ceux de General Motors ?), avec une législation du travail qui motive les salariéEs et l’espoir de toucher quelques miettes des profits.
Tout un programme : celui du Parti démocrate, qui apparaît à travers un sympathique sénateur local. Le ton protectionniste voire anti-chinois de ce documentaire sponsorisé et co-produit par Obama est assumé. Les Démocrates veulent reconquérir ce « swing state » ouvrier gagné par Trump en 2016. Mais c’est bien Obama qui nationalisa les pertes de General Motors en 2009 pendant que des dizaines de milliers de salariéEs étaient sacrifiés.
Alors à « l’esprit américain » qu’il célèbre, on préfère les scènes du film qui montrent la solidarité de classe qui, elle, dépasse les frontières !

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