Alexandre Romanès : « Notre conception, c’est le bordel, surtout pas de conventions »

Entretien. C’est dans sa caravane, parmi toutes celles stationnées autour du chapiteau, que nous a reçus Alexandre Romanès, le père de la « tribu ». Très accueillant, bavard et pas avare de petites histoires d’ici ou d’ailleurs, il nous a parlé du cirque, de sa conception du spectacle, de culture, de politique, du racisme ambiant…

Issu de la famille Bouglione, Alexandre a quitté le cirque du même nom, et a fini par monter un petit cirque poétique avec Délia, sa femme chanteuse, ses filles, des amis, des artistes qui se sont ajoutés à la troupe au fil du temps. « Notre conception, c’est le bordel, surtout pas de conventions, que ça reste vivant et ouvert, qu’on garde notre petit chapiteau. Mon idée, c’est de voir autant que possible la couleur des yeux des artistes. (…) Notre culture ne s’intéresse pas à la mode, ni au sport. Pour nous la réussite sociale ça n’a pas de sens ».

Alexandre comme Délia défendent la culture tsigane. Par la poésie, la chanson, le cirque, avec les voyages en France mais aussi en Europe, en Russie, en Chine... Revenu à Paris, le cirque s’est posé dans le 16e arrondissement pour 5 mois, particulièrement mal accueilli par des organisations de droite bien réactionnaires (voir l’Anticapitaliste n°312). Pas question de subir et ils ne partiront pas. Alors ils se rebiffent, avec des pétitions et contre-manifestations. « On a reçu le soutien de beaucoup de gens de gauche, même des gens de droite. Il y a du soutien financier : un théâtre de Lyon a envoyé 1 000 euros ».

« On n’a pas de papier »

Alexandre dénonce le racisme en France et les difficultés d’être nomade. « La question du nomadisme est posée : en France, tu peux voyager, mais tu ne peux pas t’arrêter. On a joué en Suède et on avait dû passer cinq frontières, tout ça sans papiers ! Car on n’a pas de papiers : la France n’a jamais voulu nous donner de papiers, et tous les deux mois, on doit faire un tampon au service des émigrés. On n’a pas envie d’être français avec tout ça ».

La période est difficile, mais l’accueil du public les réconforte : « Les gens qui viennent ne sont que des gens bienveillants. Le mot “tsigane” est un filtre, c’est-à-dire que ceux qui ont des idées noires ne viennent pas... Donc on a un public en or ! ».

Puis Alexandre nous a quittés pour préparer le spectacle. Merci à lui et à toute la « tribu » qui nous ont si gentiment reçus.

Thibault Blondin et Philippe Poutou

La lune des Tsiganes brille plus que le soleil (et c’est vrai !)

Le cirque tzigane Romanès est un cirque petit par la taille, mais il n’a rien à envier au plus grosses machines, bien au contraire. Les numéros d’acrobatie, de trapèze, de funambule, de jongle et même de dressage d’animaux dangereux (avec un tout petit chien pas si bien dressé que ça...) sont de haut vol. On admire, on sourit, on s’amuse… En clair, on passe un très bon moment. Du début à la fin, cinq musiciens et la chanteuse Délia animent le spectacle avec évidemment des airs tsiganes. Ça dure 70 minutes et on en sort de très bonne humeur. Comme à chaque fois, la « tribu » Romanès nous offre un spectacle chaleureux dans une ambiance familiale. Et à la fin, le spectacle continue d’une autre manière, autour de beignets faits maison tout en discutant avec quelques-unEs des artistes.

Philippe Poutou

Samedi et dimanche, spectacles à 16 h 30 et 20 h + pendant les vacances de Noël.

Square Parodi, porte Maillot. 20-15-10 euros la place.

Contact : cirque.romanes@wanadoo.fr

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