1917, de Sam Mendes

Henri Wilno

Henri Wilno est membre du groupe de travail économique du NPA et du comité de rédaction de L’Anticapitaliste.

Film britannico-étatsunien, 1 h 59, sorti le 15 janvier 2020. 

On sort du film époustouflé. Époustouflé par la prouesse technique, la mise en scène. Et époustouflé par la vacuité du scénario qui ne s’élève guère au-dessus du niveau d’une bande dessinée ou d’un jeu vidéo.

Pas la moindre critique de la guerre

Sam Mendes est un bon cinéaste ; plusieurs de ses films précédents en témoignent. La performance technique est indéniable : toute l’action est filmée à la manière d’un seul plan-séquence. Le spectateur est tenu en haleine avec le sentiment de suivre quasiment pas à pas les deux héros, de tranchées plus ou moins aménagées et envahies par les rats aux immensités de campagnes dévastées, en passant par la ligne de front, avec ses trous d’obus remplis de cadavres d’hommes et de chevaux.

Le contexte est historique – la bataille des Flandres et le retrait surprise des Allemands en février 1917 derrière la ligne Hindenburg, vaste système de défense et de fortifications. L’action est imaginaire : c’est une fiction construite à partir des souvenirs de guerre du grand-père de Sam Mendes. Deux soldats, Blake et Schofield, se voient attribuer une mission quasi impossible : porter un message de l’état-major à travers un terrain mal connu et contrôlé par l’ennemi en vue d’empêcher une unité de livrer un assaut suicidaire, et, ce faisant, de sacrifier inutilement 1 600 soldats.

Le seul message du film est l’exaltation du courage et de l’esprit de sacrifice de ces deux soldats du rang. Pas la moindre critique de la guerre. À peu près au moment où est censée se dérouler l’action du film (avril 1917) a lieu l’horrible bataille d’Arras qui fit 150 000 morts dans les forces britanniques pour un gain quasi nul tandis qu’en mai commenceront les mutineries de régiments français exaspérés de monter à la boucherie. Rien de tout cela n’est évoqué. Tout au plus comprend-on que certains officiers, à l’instar du colonel, destinataire du message et frustré de son offensive, n’ont aucun scrupule à faire verser le sang de leurs troupes. Ce n’est certes pas un film militariste mais Sam Mendes semble malheureusement avoir choisi de privilégier la virtuosité sur quasiment toute autre considération. 

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