Cinéma : Léviathan de Andreï Zviaguintsev

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Avec Alexeï Serebriakov, Elena Liadova et Vladimir Vdovichenkov

Sortie le mercredi 24 septembre
Kolia habite une petite ville au nord de la Russie. Il tient un garage qui jouxte la maison où il vit avec sa jeune femme Lylia et son fils Romka. Le maire de la ville souhaite s’approprier le terrain de Kolia, sa maison et son garage.

Les dernières images illustrent un verset de la Bible cité par un pope au Job du film (Kolia), verset où Dieu apparaît à Job à travers une tempête. La tempête, c’est celle de la mer de Barents aux flots déchaînés. Reflets métalliques des vagues épousant toutes les couleurs de la palette du gris bleutée. Mais il n’y a plus aucun des protagonistes pour admirer, et d’ailleurs la mer charrie des tonneaux de déchets nucléaires. Tout le sel du film est là. Une dénonciation sans discours.
Andreï Zviaguintsev est l’un des derniers cinéastes russes indépendants en Russie. À 50 ans, c’est son quatrième long métrage. Il s’inscrit dans l’esprit de Dostoïevski en donnant à voir l’homme confronté au mal.

En théorie, la puissance brutale des passions mauvaises (le Léviathan de la Bible) peut être combattue par la force légale qui est censée nous en prémunir. Mais dans la Russie de Poutine, ces forces se confondent, et Kolia, le protagoniste principal du film qui ne l’avait pas compris, va le payer. Très cher.

Léviathan est un film noir, au scénario admirablement construit, où les trahisons s’enchaînent dans un décor d’apocalypse calme, et un film politique où, sous le portrait omniprésent de Poutine, s’ourdit la pire machination menée par les autorités russes (pouvoir politique et justice) en alliance avec le clergé orthodoxe. Le sermon du chef de l’Église orthodoxe de la région devant toutes les autorités est d’ailleurs une scène d’anthologie, avec sa caravane de grosses voitures allemandes aux vitres teintées qui promènent toute cette lie de l’humanité. Souhaitons que ce film puisse être vu en Russie.


Sylvain Chardon

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