Ancrage territorial, emplois et « optimisation fiscale »

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L’activité du groupe Kering (ex-PPR), spécialisé dans les produits de luxe, est largement tournée vers l’international (moins de 10 % de son chiffre d’affaires est réalisé en France). Il possède un cinquième de ses 500 filiales disséminées dans les paradis fiscaux, dont 19 en Suisse et 16 à Hong-Kong1,  qui permettent à Artémis, le fonds d’investissement détenu par la famille Pinault et qui est majoritaire dans Kering, de pratiquer ce qui est appelé par euphémisme « l’optimisation fiscale », c’est-à-dire échapper aux impôts.

Son activité est principalement centrée sur la captation de rentes grâce à son portefeuille de marques, sa réputation auprès des clients, etc., regroupés par les analystes sous le terme d’actifs immatériels. Leur valeur, fixée par les marchés financiers, constitue une part très importante du capital-actions (ou capital fictif dans le sens de Marx) des grands groupes mondiaux, éloignant un peu plus la valeur boursière de la réalité des actifs productifs des entreprises. En 2012, ces « actifs immatériels », aux contours très flous et à la substance incertaine, ont représenté 70 % de la valorisation boursière des sociétés du CAC 40.

Les liens ont toujours été denses entre les gouvernements de gauche ou de droite et François Pinault, le fondateur du groupe, qui doit sa fortune à la reprise d’entreprises en difficulté au cours des années 1980. Ces liens lui ont servi lorsqu’il lui a fallu mettre en œuvre en France les milliers de suppressions d’emplois et les cessions de plusieurs enseignes, et tout récemment la vente de la FNAC et de La Redoute. Dans ce dernier cas, nul doute qu’il a dû trembler devant la forte parole de Martine Aubry qui lui a demandé de « prendre sa responsabilité » dans la vente de sa filiale, à l’issue d’un entretien avec son patron François-Henri Pinault à Paris ». Elle a finalement ajouté : « Le président Pinault nous a clairement dit que La Redoute a un savoir-faire qui permet sa pérennité et son avenir industriel (...) et qu’il choisirait le repreneur en fonction de cette pérennité et de son impact sur l’emploi »2.

Afin d’équilibrer le « dialogue social » à la suite du ton sévère qu’elle avait adopté envers le milliardaire, la maire de Lille a récupéré les trente places pour le match Lille-Rennes qu’elle avait promises aux salariés de La Redoute afin qu’ils puissent y déployer une banderole. Motif : « Nous ne souhaitons pas que cela dégénère et nous n’avons pas eu les garanties suffisantes »3. Début janvier 2014, les repreneurs de La Redoute annonçaient lors d’une réunion du comité d’entreprise la suppression de 1 178 des 3 437 postes sur quatre ans. C’était quelques mois avant les municipales.

Claude Serfati

Notes

1 Selon l’étude détaillée publiée par la revue Projet sous la direction de Jean Merckaert, « Qu’emporte le CAC 40 au paradis? », 12 février 2014

2 Le Monde, 12/11/2013.

3 La Voix du Nord, 21/01/2014.

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