Les « zama zamas », mineurs d’or artisanaux en Afrique du sud

Écologie
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Avec le ralentissement du secteur minier de l’or depuis une dizaine d’années, de nombreuses mines ont été mises en arrêt temporaire, fermées ou carrément abandonnées. Cela a provoqué l’émergence d’un phénomène grandissant, l’exploitation des mines de manière artisanale et non régulée, puisque que non reconnue par la législation, par des mineurs indépendants qui sont surnommés les « zama zamas » (ceux qui essaient et essaient).

On estime qu’il y a approximativement 6 000 mines abandonnées en Afrique du sud, principalement dans la région autour de Johannesbourg au point que l’on peut traverser le Witwatersrand, la zone aurifère qui a produit 1/3 de l’or extrait dans tout le monde, de Springs à Welkom (soit 300 kms) par des tunnels qui ne sont plus utilisés. Les zama zamas extraient à la main des minerais dans des mines qui ne sont plus en exploitation. Ils travaillent aussi de manière informelle dans des mines qui sont officiellement fermées mais dans lesquelles les entreprises minières tolèrent les zama zamas et leur achètent le métal extrait, sans le déclarer ! Ils cherchent aussi s’il reste du minerais dans les stériles.

Les risques sont extrêmement élevés. D’une part il s’agit de travail souterrain qui peut s’étaler sur plusieurs semaines voire mois. Il y a donc le risque de manquer de nourriture, de tomber malade ou d’être blessé. Comme les mines ne sont plus ventilées, l’air est pauvre et vicié, sans parler des feux pour se réchauffer ou pour rendre la roche plus malléable. Il y a toujours des risques d’inondation et évidemment les mineurs ne portent pas de vêtements de protection. De plus ils prennent le risque d’être arrêtés par les forces de sécurité ou d’être attaqués par des bandes rivales ou criminelles.

Les zama zamas travaillent rarement seuls mais en groupe avec des outils à main basiques. Ils marchent parfois des kilomètres sous terre dans la gadoue et le noir pour trouver de bons filons. Les femmes sont présentes, mais plutôt en surface pour broyer le minerais et fournir les services logistiques, et autres, aux mineurs.

Une des risques sanitaires les plus importants est dû à l’utilisation de mercure pour extraire l’or de la roche. Celle-ci est d’abord broyée en grains de sable, le mercure est alors utilisé car il attire les particules d’or qui sont dans ce sable. Le mélange or-mercure est ensuite chauffé jusqu’à ce que le mercure s’évapore, en empoisonnant ceux qui le respire et tout l’environnement autour, ce qui laisse l’or pur.

Ce métier épuisant n’est pas bien rémunéré. Quand ils trouvent un filon riche, les zama zamas peuvent gagner entre 500 et 1 000 rands dans la journée (soit 28-55 €). Mais ils passent aussi des journées à chercher sans rien extraire… Et une bouteille de mercure, qui ne dure qu’une journée coûte 590 rands.

Les zama zamas sont souvent immigrés des pays limitrophes, mais pas tous, ils sont parfois liés à des syndicats du crime, mais pas tous non plus. La plupart du temps, le gouvernement préfère fermer les yeux plutôt que de tenter de mettre fin à ses pratiques, ce qui impliquerait de se confronter aux entreprises minières, qui sont les responsables de cette situation, et de partager les richesses, car c’est bien la pauvreté et le chômage qui poussent ces travailleurs à risquer leur vie ainsi.

L’absence de régulation ne fait qu’aggraver la situation et empêche toute amélioration des conditions de travail et de protection de l’environnement. Déclarer le travail des zama zamas illégal ne résout en rien le problème : tant que des gens ne mangeront pas à leur faim ils seront prêt à prendre tous les risques pour survivre.

D’autres pays africains ont choisi une autre approche : au Ghana une législation, qui reconnait les petits mineurs artisanaux, a été mise en place en 1989, elle a été suivie de législations de protection de l’environnement (en 1994 et 1999) qui oblige les mineurs à être enregistrés. Dans la pratique, il n’est clairement pas facile de contrôler un secteur si éclaté dans un pays où les moyens et les transports font défaut. De plus, seuls les nationaux peuvent s’enregistrer, ce qui ne correspond pas à la réalité. Au Zimbabwe, les mineurs, et les mineuses, tentent de s’organiser en coopératives qui travaillent avec les communautés locales. Au Liberia il y aurait entre 50 000 et 75 000 mineurs artisanaux dans les mines de diamants. Les femmes y sont présentes mais pour extraire de l’or. Ils et elles contribuent à l’économie locale à hauteur de plusieurs dizaines de millions de $. Finalement, en Ouganda, il y aurait approximativement 200 000 hommes et femmes qui travaillent dans les mines d’or, d’étain, de coltan, de wolfram, etc. Leurs contribution au PIB serait 20 fois plus importante que l’agriculture, la pèche et les forêts !

François Favre

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