Violences faites aux femmes : Les manifs, et après ?

Les 24 et 25 novembre, des manifestations contre les violences faites aux femmes se sont déroulées dans de nombreuses villes de France. Des violences qui ne diminuent pas, et semblent même s’aggraver au vu des dernières statistiques.
A Paris, les manifestantEs étaient 2 000 selon la police, 4 000 selon les organisations ; un chiffre stable d’année en année, comme globalement sur l’ensemble du territoire, qui acte la difficulté du mouvement féministe à mobiliser au-delà de ses forces militantes. Pourtant, cette année comme les années précédentes, après DSK, l’affaire des viols de Créteil dont les accusés ont été relaxés ou condamnés à des peines minimes, avait secoué l’opinion publique et été largement relayée par les médias. Preuve s’il en est qu’une vague compassionnelle et un battage médiatique ne font pas un mouvement durable.
Campagne contre le viol
Cette année, de nombreux médias, y compris des magazines féminins, avaient sorti des dossiers sur les violences, notamment conjugales et / ou sexuelles. Le Nouvel Obs, tentant de renouer avec son histoire féministe marquée par la publication du Manifeste des 343 salopes (pour le droit à l’avortement), a lancé une grande campagne contre le viol, avec un nouveau manifeste initié par Clémentine Autain : 313 femmes déclarent avoir été violées. Le principe est le même, avec des personnalités (voire des people) qui se font ainsi héritières de Simone de Beauvoir et des femmes dont le courage avait la dimension supplémentaire de se mettre hors la loi. 
Ce manifeste-ci a l’avantage de faire le point sur un certain nombre de clichés, comme celui du violeur inconnu avec un couteau dans une ruelle sombre, en rappelant que dans l’écrasante majorité des cas la victime connaît son agresseur : c’est un compagnon, un ex, un membre de la famille, un patron, un collègue ; et que l’arme est plus souvent le chantage ou la menace qu’une lame.
Annonces gouvernementales
À l’occasion du 25 novembre (on admirera la ponctualité, manifestement les politiques doivent attendre une échéance médiatisée pour proposer des lois pourtant urgentes), François Hollande a présenté un projet de « plan global » avec une « loi-cadre », réclamée par l’ensemble du mouvement féministe, pour l’été 2013. Parmi les mesures annoncées : l’amélioration de l’ordonnance de protection, qui impose l’éloignement en urgence d’un conjoint violent, et la simplification et l’accélération des procédures. Un dispositif, d’une part d’information des victimes, d’autre part de formations des personnels de police, de santé et d’éducation devrait permettre d’améliorer l’accueil des victimes. Enfin, sur le logement, un tiers des futurs logements d’urgence seraient réservés aux femmes victimes de violences, ainsi que des appartements dans les logements sociaux. 
Ceci serait dans l’ensemble positif – bien qu’insuffisant – mais suppose que le gouvernement se donne les moyens d’une telle politique. Les futurs logements d’urgence étant chiffrés à 5 000, un tiers c’est bien en-deçà des besoins, sans compter qu’il n’est toujours pas prévu que les femmes puissent s’y réfugier avec leurs enfants. Par ailleurs, les services publics, en particulier de santé, de la petite enfance, ou d’éducation, sont toujours soumis au rouleau compresseur des politiques d’austérité menées tambour battant par le gouvernement, et dont les conséquences sont d’abord assumées par les femmes (fermetures de postes dans les fonctions publiques les plus féminisées, retour au foyer pour garder les enfants ou les parents malades, restrictions d’accès aux soins, à l’IVG et aux maternités…). Enfin, les femmes sans-papiers sont toujours extrêmement vulnérables aux violences à cause de la xénophobie d’État que François Hollande entretient autant que son prédécesseur.
L’urgence est donc à la reconstruction d’un mouvement féministe de masse qui puisse imposer ses revendications sans se laisser amadouer par quelques mesures gouvernementales très insuffisantes.
Chloé Moindreau

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