Urbanisme : leur Grand Paris et le nôtre

Le projet du Grand Paris prévoit de favoriser encore les quartiers d'affaires, en délaissant la population.

Depuis 2007, Sarkozy a lancé le projet du Grand Paris, autour de la consultation de dix grandes équipes d’architectes et de la nomination de Christian Blanc comme Secrétaire d’État au développement de la Région capitale. Le projet de loi, élaboré par Balladur et voté par l’Assemblée le 1er décembre, prévoit la création en 2014 d’un établissement public, le Grand Paris, sur le territoire de Paris et des départements du 92, 93 et 94. Il comprend un projet de rocade de métro automatique, le Grand Huit, pour 20,5 milliards d’euros. Dans la pratique, derrière de grandes ambitions, le projet concerne surtout le développement d’infrastructures, de transport et de la création d’un pôle scientifique et technologique sur le plateau de Saclay.

Derrière ce projet, les objectifs sont clairs: «asseoir le statut de ville-monde» de Paris, «au travers de la mise en synergie de l’ensemble de ses potentiels». Traduction: inscrire Paris dans la mondialisation capitaliste, directement en concurrence avec d’autres grandes villes. Sarkozy le dit : «Paris n’est pas que la capitale de la France. Elle est aussi la rivale de Londres, de New-York, de Tokyo ou de Shanghai». D’où les objectifs véritables du Grand Paris: renforcer (ou créer) des zones dédiées au business, à la recherche et au développement et relier ces pôles entre eux et avec les aéroports et les gares. En d’autres termes, faciliter la vie de celui qui doit aller de La Défense à New-York plutôt que de Clichy-sous-Bois à Montreuil. On est loin des besoins de la population. Sarkozy souhaite créer avec la Société du Grand Paris un nouvel échelon de pouvoir dans la région, dirigé surtout par des représentants de l’État. C’est la possibilité renforcée pour la droite de distribuer prébendes et positions lucratives. Même chose pour Saclay, destiné à être la «Silicon valley» à la française: son conseil d’administration ferait la part large aux patrons et à l’État.

Pour relier ces pôles entre eux, le Grand Huit est une rocade de métro automatique (moins de grèves) qui compterait peu de stations (40). Il ne s’agit pas de désenclaver les banlieues mais de favoriser les liaisons entre les pôles d’activités. On aurait donc des îlots d’activités et de services de haut niveau, dans lesquels des transports ultra-rapides, privatisés pour partie, déverseraient chaque matin des fournées de cadres (blancs?) dynamiques, et tout autour des territoires qui resteraient aussi enclavés.

Nous préconisons plutôt des transports de proximité, des liaisons inter-banlieues, une politique 100 % publique, en lien avec les salariés des transports et les usagers. La Grande Région Île-de-France, plutôt que le Grand Paris, c’est aussi des logements,une politique écologique d’ampleur. Il faut diversifier les activités, pas seulement créer des emplois pour les cadres supérieurs. Enfin, l’objectif essentiel n’est pas de favoriser ceux qui ont déjà beaucoup, mais de rééquilibrer les inégalités entre territoires au sein d’une des régions les plus riches.

Sylvain Pattieu

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