Union bancaire européenne : Tout le pouvoir aux banquiers

L'accord du 13 décembre sur l'Union bancaire européenne est présenté par les médias comme un « grand bond en avant » de la construction européenne. Mais c'est seulement une nouvelle étape dans la prise du pouvoir par les banquiers en Europe, notamment après l'arrivée récente de trois sbires de Goldman-Sachs à des postes très importants (Premier ministre en Grèce et en Italie, gouverneur de la BCE).
Que dit cet accord ? Que d’ici au printemps 2014, la Banque centrale européenne contrôlera les 200 plus grandes banques de la zone euro. Ce qui pose quelques problèmes. Tout d’abord, cet accord signé à 27 concerne uniquement les 17 de la zone euro : que va-t-il se passer avec les 10 autres pays, notamment avec la Grande-Bretagne alors que Londres est la principale place financière européenne ? Et autre problème, quid des 6 000 petites banques régionales que Merkel a exigé (prochaines élections obligent) de laisser en dehors de l’accord ?
Hold-up démocratique
Pour tous les pays concernés, il s’agit d’un abandon de souveraineté important sur leur banque centrale nationale qu’ils vont difficilement accepter en pratique. La justification officielle est que cela permettra de mieux réagir, voire d'anticiper les futures crises financières. Car il y en aura : aucune mesure n’a été prise, ni même envisagée, pour maîtriser la spéculation financière. Ni mise en place d’une taxation dissuasive des transactions financières ni séparation complète des banques de crédit et des banques d’investissement, pourtant demandée par de nombreux économistes, et même Warren Buffet. Mais comme Moscovici vient de le préciser ce lundi : « on ne va pas casser les banques en deux ». Pourtant cette séparation a déjà été mise en place dans le passé dans de nombreux pays en Europe et aux États-Unis (loi Steagall-Glass), en réponse à la grande crise des années 30, puis abandonnée en France en 1966 et aux États-Unis en 1999.
Cet accord intervient en même temps que les discussions sur la mise en place d’un contrôle a priori (c’est-à-dire avant les débats dans les parlements) des budgets des différents pays par la commission européenne, un autre hold-up contre les droits démocratiques des citoyens européens. 
Encore pour longtemps ?
Jacques Cherbourg

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