Tribune : "Une candidate voilée dans le Vaucluse : un choix contesté"

En désaccord avec la décision des militant-es du Vaucluse concernant la candidature d’Ilham, nous jugeons pour le moins problématique l’absence de débat collectif à propos d’un choix qui a une portée nationale et que tout le NPA est sommé d’assumer, comme si la discussion était close avant même d’avoir commencé. Rappelons d’abord que le NPA s’est déclaré laïque. Cela signifie que croyant-e-s, agnostiques ou athées doivent pouvoir cohabiter dans la mesure où il y a accord entre tous et toutes sur son programme anticapitaliste, antiraciste, écologiste, internationaliste et … féministe. C’est faire le choix d’unifier l’ensemble des exploités et des opprimés des deux sexes, sur ce programme, en refusant les divisions en termes de communautés religieuses. Or choisir une militante avec un foulard musulman comme porte-parole, c’est à l’inverse survaloriser la dimension religieuse et potentiellement s’interdire toute parole critique à l’égard des pouvoirs religieux pour éviter de «choquer» tel ou telle croyant-e. Mais la laïcité n’est pas ici seule en cause. Concernant la dimension féministe de notre programme, quelles que soient les déclarations d’Ilham sur le droit des femmes à l’avortement et à la contraception, le voile qu’elle porte obscurcit le message que nous souhaitons diffuser. Les raisons qui poussent les femmes à porter un foulard peuvent être très diverses, dans une société comme la nôtre, dans laquelle lamarchandisation des corps s’est substituée à l’objectif d’une libération sexuelle, où les violences contre les femmes sont toujours présentes, où le racisme d’Etat ou ordinaire s’exerce ouvertement. Il n’en reste pas moins que le foulard est une discrimination explicite à l’égard des femmes et qu’il véhicule une conception de la sexualité que nous ne partageons pas. Il manifeste la volonté de soumettre les femmes à un ordre patriarcal et hétérosexiste qui prétend normaliser la sexualité des individus, en particulier celle des femmes, dans le cadre du mariage, et subordonner leurs activités aux devoirs familiaux. Considérer qu’exhiber un foulard musulman (une Kipa ou une croix) relève d’un simple choix personnel ne peut tenir dès lors qu’on se situe dans le cadre de la représentation publique du NPA. Enfin, déclarer que c’est un message envoyé aux jeunes des quartiers populaires est choquant. C’est laisser penser que leur premier problème est d’ordre religieux alors qu’ils subissent de plein fouet la précarité et sont victimes de multiples discriminations. Par ailleurs, si des jeunes femmes portent un voile, elles sont nombreuses à essayer d’y échapper. Le NPA doit leur manifester sa solidarité explicite, comme il doit le faire au plan international. L’urgence, c’est de réaffirmer ensemble avec force notre projet de société égalitaire et laïque, ce qui signifie à la fois lutter notamment pour une autre répartition des richesses, mais aussi contre tout racisme et sexisme et pour le respect de la séparation des Eglises et de l’Etat, particulièrement mise à mal par le gouvernement Sarkozy. Affirmer ensemble ce projet implique que des militant-es athées ou agnostiques n’encouragent pas délibérément les croyant-es à maintenir tous les signes de leur appartenance religieuse pour prétendument bousculer l’ordre bourgeois et raciste. Il faut au contraire affirmer que le foulard n’est pas un vêtement comme un autre et qu’il faut en faire reculer le port.

Josette Trat (Paris 18, CNIF), Hélène Adam (KB-Gentilly, 94), Ingrid Hayes (Paris 20, CE), Guillaume Liégard (Paris 20, CE)

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