Tribune de la Gauche anticapitaliste. CPN du NPA : le choix de la « marginalitude »

La situation politique que nous connaissons, marquée par l’approfondissement des crises, économique et écologique qui s’articulent en France avec le bilan du sarkozysme, l’orientation d’un candidat du PS incapable de proposer un programme vraiment différent de celui de son principal concurrent, et avec la profonde morsure de l’extrême droite dans les classes populaires, l’échec de la campagne du NPA est patent.

Elle est inaudible et inutile, en ce qu’elle n’offre aucune perspective politique sur le terrain du rassemblement et des réponses anticapitalistes à la crise. Mais la majorité de direction refuse d’affronter la réalité et préfère la fuite en avant.

Les législatives pourraient être l’occasion de réorienter le NPA en se situant dans la perspective de la construction d’un bloc anticrise, rassemblant toutes les forces sociales et politiques prêtes à résister à l’austérité, qu’elle soit mise en œuvre par un gouvernement de droite ou de gauche. C’est une tâche essentielle à laquelle les camarades refusent de s’atteler, cultivant un isolationnisme suicidaire. Lorsqu’ils daignent évoquer la construction d’une opposition de gauche, la conception qu’ils en ont s’avère extrêmement limitée, puisqu’elle ne pourrait se constituer qu’autour du NPA, barricadé derrière des exclusives qui font désormais système : si l’on suit la majorité de direction, il faut s’interdire toute politique à l’égard des forces du Front de Gauche, non en raison d’une clarification nécessaire sur l’indépendance vis-à-vis du PS qui devrait constituer la base de notre interpellation, mais en raison de leur nature. Cette fable dépolitisante permet au passage de ne pas tirer de conséquences du fait que des conseillers municipaux de Lutte ouvrière votent les budgets avec les majorités socialistes… Mais sans doute sont-ils révolutionnaires par nature…

Mais il n’est pas question d’une réorientation à l’occasion des législatives. La motion votée majoritairement stipule que les élections législatives se situeront, du point de vue du profil et de l’orientation, dans la stricte continuité de la présidentielle, et durcit encore les conditions posées pour contracter des accords unitaires. S’il est envisagé une commission paritaire pour éviter les problèmes entre majorité et minorité, ce n’est pas pour garantir le droit à l’expérimentation : les interventions se sont succédé ce week-end pour donner de toute l’affaire une interprétation extrêmement rigide, malgré les déclarations d’une minorité de camarades. Le texte rappelle à plusieurs reprises que la continuité politique avec la présidentielle exclut tout accord unitaire avec tout ou partie du Front de Gauche, indépendamment du contenu de l’accord. Enfin, la motion précise que le CPN, ou à défaut, le CE, sont en position de ratifier les accords qui subsisteraient malgré les conditions imposées. Ce qui signifie non seulement que la majorité persiste dans sa propre orientation, mais qu’elle choisit de réduire à la portion congrue l’expression d’une orientation alternative qui représentait en juin plus de 40 % du NPA et qui représente encore 40 % du CPN.

Enfin, nous avons pu mesurer à quel point les camarades de la majorité de direction s’éloignaient des conceptions jadis communes sur le plan des droits démocratiques. Ils ont pour beaucoup d’entre eux développé une conception non pluraliste du parti, refusant de considérer sérieusement les demandes, entre autres financières, de la Gauche anticapitaliste

À une orientation isolationniste semble donc devoir s’adjoindre une vision autoritaire du parti et des relations internes.

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