« Théorie du genre » : la menace fantôme

Lundi 27 janvier, des parents d’élèves ont retiré leurs enfants des classes après une alerte lancée par Farida Belghoul, une ancienne de Convergence 84 passée à l’extrême droite soralienne, autour de l’intégration de la « théorie du genre » dans les enseignements scolaires...


Les mobilisations contre la « théorie du genre » (« gender » en anglais) ne datent pas d’hier. Elles se développent d’abord en réaction à la circulaire de 2010 stipulant que les manuels de SVT devaient inclure un chapitre intitulé « Devenir homme ou femme » qui rappelle la dimension sociale et stéréotypée des rôles sexuels.
En 2011, les réacs s’organisent autour d’une pétition de l’UMP interprétant cette circulaire comme le véhicule d’une « théorie philosophique et sociologique qui n’est pas scientifique, qui affirme que l’identité sexuelle est une construction culturelle », la « théorie du genre sexuel », ainsi qu’une campagne d’affichage transphobe.
Le « genre », cet ennemi des enfants...
Deux ans plus tard, la « théorie du genre » revient comme carburant pour l’An II de la Manif pour tous, contre les ABCD de l’égalité, des séquences pédagogiques prévues au primaire visant à « transmettre dès le plus jeune âge une culture de l’égalité et du respect entre les filles et les garçons ». Terrifiant en effet !
Des tracts appellent à des « comités de vigilance » dans les écoles. Leur axe argumentatif est simple : la « théorie du genre » serait une idéologie défendue principalement par les odieux LGBT, avides de détourner les enfants du droit chemin de l’hétérosexualité...
Qu’est donc la « théorie du genre » ?
Soyons clairEs, le genre n’est ni une théorie ni une idéologie, c’est un fait social qui associe à des organes génitaux des caractéristiques psychologiques voire morales. Il n’y a pas de lobby pro « genre ». Ce qui existe, c’est une série de programmes contre le sexisme, l’homophobie et la transphobie, donc de lutte contre les stéréotypes de genre qui prétendent qu’il existe une « nature masculine » et une « nature féminine », natures évidemment hiérarchiques et complémentaires.
Les organisations LGBT comme féministes soutiennent et défendent évidemment cette démarche, pour en finir avec le patriarcat et l’assignation de genre qu’il impose.
Un succès inquiétant, une lutte à mener
Le succès de la mobilisation contre le « genre » doit nous inquiéter. D’abord parce qu’il est dû à une désinformation ahurissante. Quand des parents croient qu’on apprendrait aux enfants de maternelle à se masturber, cela doit nous interpeller sur la rupture de dialogue avec l’école.
Ensuite parce que les parents qui ont retiré leurs enfants de l’école sont de toutes les classes sociales et de toutes les origines, jusqu’aux quartiers populaires. Il y a donc là une infiltration de l’extrême droite que nous devons mesurer.
Enfin, associer lutte contre le sexisme et l’homophobie et sexualisation de l’enseignement renvoie en creux à la sursexualisation de l’homosexualité et la naturalisation des identités de genre. C’est ainsi que nombre de ces parents ont dit leur inquiétude de voir leurs enfants devenir homosexuelEs ou « mal genréEs ».
Et là, peu importe leurs milieux ou leurs degrés d’information, il s’agit bien de l’homophobie et du sexisme dans leur expression la plus évidente. Et cela aussi, nous devons le combattre.
Commissions nationales intervention féministe et LGBTI

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