Théologie et laïcité : polémique à l'université (Républicain Lorrain - 04/03/10)

«Si l’université de Lorraine est créée, il faudrait que le département de théologie de Metz abandonne tout caractère religieux», plaident des syndicats et les Fédérations des Libres penseurs de Moselle et de Meurthe-et-Moselle.

Sur les bancs de la fac de Metz, 26 séminaristes suivent le cycle de théologie. Au nom de la laïcité de la future université de Lorraine, certains demandent que l’Eglise assure ses propres formations.

Le Grand séminaire, avenue Jean-XXIII à Metz, abrite des salles de cours universitaires. «Cela ajoute encore à la confusion», reconnaît Fabien Faul, prêtre et directeur du CAEPR, le Centre autonome d’enseignement de pédagogie religieuse. Ainsi s’appelle le département de théologie de l’université Paul-Verlaine Metz, qui forme 120 étudiants, dont 26 séminaristes, qui sont les futurs prêtres des diocèses de Metz, Verdun, Saint-Dié et Nancy.

Il en est ainsi depuis que Nancy a fermé son séminaire en 2002. En 2012, l’université de Lorraine verra le jour. «Si université de Lorraine il y a, elle doit être laïque», préviennent les Fédérations des Libres penseurs de Moselle et Meurthe-et-Moselle, rejointes, sur le fond, par une intersyndicale FSU, CGT, FO. Tous demandent que l’Eglise paie pour l’instruction des siens : «Les clercs et des laïques travaillant pour l’Eglise catholique doivent être formés par elle sur ses fonds propres. Aucun crédit public ne doit être attribué à un département à finalité religieuse». «Comme dans le reste de la France, c’est la fonction des séminaires », précise Jean Dubessy, Libre penseur et syndicaliste nancéien.

Concordat

Sauf que le reste de la France, n’est plus sous régime concordataire depuis la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905. L’Alsace et la Moselle étant alors annexés, le Concordat de 1801 y est resté en vigueur. C’est pourquoi les prêtres, les laïques en mission, les pasteurs et les rabbins sont encore rémunérés par l’État. C’est donc «la non-extension du régime concordataire » que mettent aujourd’hui en avant les Libres penseurs.
L’Eglise n’est pas étonnée : «Je subis ce langage depuis des années», souffle le chanoine René Schneider, ancien directeur du département de théologie. «On s’est battu pour garder ce statut local », rappelle-t-il.
Alors que l'abbé André Dukiel , recteur de Grand séminaire estime que «Nous avons les moyens d’assurer les enseignements !» D’autant plus que les cours dépendant directement de l’Eglise (un quart de la formation) sont souvent dispensés par des bénévoles. «Ce qui nous intéresse, c’est l’ouverture que permet cette dimension universitaire, pour nous c’est une chance. Nous ne sommes pas des citoyens de seconde zone, on a droit à l’université ! Nous payons nos frais d’inscription ». «Il pourrait y avoir une extension dans d’autres universités de France », ajoute Jean Dubessy.
Les Fédérations redoutent aussi que le directeur du département théologie puisse siéger au conseil d’UFR (Unité de formation et de recherche) : «Dans une telle université, les représentants d’une Eglise pourraient intervenir sur les axes de recherche et l’enseignement des autres disciplines qui ne relèvent pas de la religion catholique ». «Pourra-t-on considérer cette université comme laïque ? », demande Jean Dubessy. Une question que les organisations poseront bientôt au recteur de l’académie de Nancy-Metz. «Avec la mise en place de l’université de Lorraine, si le siège est à Nancy, ce sera un élément qui entrera véritablement dans la discussion », entrevoit le chanoine Schneider.

Charline POULLAIN.

Publié le 04/03/2010

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