Textiles dangereux...

Une enquête récente du magazine 60 millions de consommateurs (février 2009) a mis en évidence la présence de substances chimiques, préoccupantes pour la santé.

Ce qui n’est pas une surprise pour les cancérologues ou les professionnels de la santé les plus avertis ! Outre les colorants azoïques (composants insérés dans les teintures), et les métaux lourds (nickel, cadmium présents dans les fermetures à glissière et les boutons), deux catégories de produits sont particulièrement inquiétantes. Il s’agit des phtalates et des dérivés du formaldéhyde. Certaines phtalates (une sorte de liant présent dans les transferts collés sur les tee-shirts) sont déjà interdites dans les jouets et les articles de puériculture. Quant au formaldéhyde, alors que ce produit est reconnu comme cancérigène par le Circ (Comité International de Recherche contre le Cancer), il n’est même pas mentionné dans la liste établie par la nouvelle législation européenne (Reach). Certains spécialistes estiment que cette substance risque à terme de provoquer des problèmes de santé publique de la même ampleur que ceux générés par l’amiante.

En dépit du caractère reprotoxique ou cancérigène reconnu de toutes ces substances, et des « cocktails explosifs » qu’elle génère dans l’organisme (si ces substances ne sont pas directement ingérées, la transpiration joue le rôle de véhicule dans l’organisme), l’actuelle législation européenne se contente pour le moment de lister les divers composants chimiques, entrant dans la composition d’un vêtement. Par ailleurs, dans la mesure où plus de 90% des volumes de textile consommés en France proviennent directement d’Asie, et d’Inde (deux zones géographiques qui sont soumises à des législations très limitées sur ces sujets), les produits contenant des substances dangereuses arrivent dans les rayons des boutiques sans aucun contrôle. Les clients de Conforama et d’Etam ont fait récemment les frais de ce laxisme, en se retrouvant hospitalisés en urgence, couverts d’eczéma grave. Pour les fauteuils comme pour les bottes, c’est la présence d’un fongicide (le dyméthyle fumarate) interdit en Europe, mais bel et bien utilisé ailleurs, qui est en cause !

La Commission Européenne vient de dévoiler un rapport montrant l’impuissance du Rapex (rapid alert consumer protection service) à agir face à l’opacité des circuits d’approvisionnement des matières premières, et des produits finis du monde de l’habillement. La multiplication des intervenants tout au long du processus de fabrication d’un vêtement, l’opacité de la plupart d’entre eux, le regroupement des achats, sous la férule de groupes de distribution ultra-puissants, tous ces éléments générent une véritable omerta de la filière, qui jusqu’à présent a été écartée de tout grand scandale. La mode n’est pas aussi « frivole » qu’elle voudrait le faire croire. Il devient urgent de rappeler aux acteurs de ce marché leurs responsabilités vis-à-vis des consommateurs, et notamment des enfants qui restent les plus fragiles, face à une menace pour ainsi dire invisible.

 

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