Sida : Act Up Paris en danger de mort

L’argent est une arme. Cette année, Act Up Paris soufflera ses 25 bougies d’existence : ce souffle pourrait bien être son dernier. Oui, Act Up Paris risque la mort et a besoin de soutien financier. Les 9 salariéEs de la structure ont voté leur mise au chômage technique en janvier pour tenter de sauver financièrement l’association.

La situation d’Act Up Paris s’inscrit plus largement dans une crise générale du secteur associatif (voir à ce propos l’enquête publiée par Bastamag en novembre 2013 (1) ), de la place qui y est attribuée à la lutte contre le sida (LCS) en particulier et du droit à l’accès à la santé pour touTEs.
En effet, au-delà d’Act Up Paris, c’est l’ensemble des structures associatives LCS qui sont aujourd’hui touchées (sans parler de la précarisation toujours accrue des malades et du démantèlement du service public de santé) : même AIDES, plus grosse association LCS en France, a annoncé un plan social en décembre 2013 (65 suppressions de postes).

Pourquoi cette crise ?
Plutôt que de réduire mécaniquement et de manière caricaturale (et trop visible) le volume des subventions, les pouvoirs publics les répartissent différemment et mettent en place des conditions d’attribution toujours plus élevées, imposant un fléchage sur des actions de « care » ou « bling-bling » dont les conséquences positives dans la réalité sont loin d’être prouvées mais qui permettent de faire des campagnes « bankable » en terme de communication. Dans la même logique, les conventionnements pluri-annuels disparaissent au profit de dotations annuelles rendant impossible de construire des projets sur le moyen terme et mettant les associations dans la précarité permanente au niveau de leur comptabilité, à moins de fonctionner comme des prestataires de services ponctuels.
Plus qu’une destruction frontale, c’est une fragilisation et un remodelage du secteur associatif LCS que le gouvernement met en place pour en faire un instrument au service de sa politique. Les conséquences de celle-ci sont graves pour les malades et les futurs malades (qui ne manqueront pas à l’appel si les choses continuent ainsi) et ne sont pas le fait ni du hasard ni de « la crise » (pour la guerre en Centrafrique, il n’y a plus de « crise » qui tienne, tout d’un coup, il y a de l’argent !) : c’est un choix politique.

Le sida, une maladie politique
Transmissible, mortelle et incurable, le sida n’est pas une maladie comme les autres et c’est ce que porte Act Up depuis sa naissance.
Estampillée « maladie des indésirables » ou « maladie honteuse », ne pas se donner les moyens de lutter contre la pandémie revient à en faire un mode de gestion de ces « indésirables » : pédés, toxicos, taulardEs, putes, transES, immigréEs, etc.
Le racisme, le colonialisme, l’homophobie, le sexisme, la transphobie, la putophobie, le légalisme sont des causes directes du développement tant du stigmate que de la pandémie. Et la politique du gouvernement renforce, justifie et structure, plutôt qu’elle ne combat, ces phénomènes politiques.
C’est pour cela qu’en plus de revendiquer l’accès aux traitements pour touTEs et un service public de qualité, Act Up Paris s’est toujours mobilisée contre les politiques discriminatoires et pour l’égalité des droits. C’est pour cela qu’Act Up Paris est en danger. La guerre contre le sida doit continuer, Act Up doit vivre : soutenez-la !

Nour Schaabieh

1 – On y apprend qu’après les 11 000 suppressions de postes (entre 2010 et 2012), « compte tenu des 14 milliards d’économie annoncée par le gouvernement [en 2014], le monde associatif subira un plan social invisible de 30 000 à 40 000 emplois ». Sur 1,8 million d’emplois, 40 000 vont être supprimés. http ://www.bastamag.net/40-000-suppressions-d-emplois-en

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