Sexisme : Barbie contre Transformer

Dès le plus jeune âge les enfants sont conditionnés à correspondre aux normes sexuées de la société. Les jouets jouent un rôle non négligeable dans cette attribution des rôles dévolus aux filles et aux garçons.

c a y est ! Décembre est arrivé avec son flot de catalogues de jouets de Noël distribués dans nos boîtes à lettres. Et on y découvre avec joie que nos bambins, dès l’âge de 3 ans, n’ont pas les mêmes jouets selon leur sexe. Le tout bien signalé par du rose pour les filles et du bleu (voire du kaki militaire) pour les garçons.

En effet, c’est dès la plus tendre enfance qu’une fille comprend et apprend son futur rôle de mère, de ménagère, de femme séduisante… Quoi de mieux que la poupée qui fait pipi, dit « maman » et toute la nurserie qui va avec, pour devenir une bonne mère ? Pour compléter, on offrira le mini-aspirateur, le mini-chariot de course et le nécessaire à coiffure et maquillage. Donc pourquoi offrir une poupée à un garçon ? Cela ne lui servirait à rien. Pour les petits garçons qui doivent eux aussi bien assimiler leur rôle dans un couple hétérosexuel (vous ne verrez rien d’autres dans ces mini-univers de catalogues), un kit de bricolage, des voitures, de quoi faire du sport ou la guerre, seront les bienvenus... Bien sûr, ce sont les enfants qui choisissent dans le catalogue, ça doit donc être inscrit dans nos gènes – qui sont probablement roses chez les filles et bleu pastel chez les garçons…

Pourtant, les jouets sont une création récente, tout comme le statut d’enfant. Jusqu’au début  du   xixe siècle, ils étaient considérés comme des   mini-adultes et avaient donc les mêmes « jouets » que leurs aînés, mais adaptés à leur taille. Les stéréotypes de couleurs ne sont apparus  qu’en 1929 en Italie avec une sage-femme qui utilisait alors des rubans colorés pour marquer la naissance d’un garçon. Les jouets et   l’environnement    ont   suivi cette mode et sont devenus une industrie de masse. Dans notre société, le jouet n’est pas anodin. Son rôle est majeur dans la construction de l’identité de genre. Le jouet est politique dans plusieurs de ses aspects : la socialisation des enfants et des rapports sociaux de sexe, l’enjeu de rapports de forces entre les enfants et les adultes responsables de leur éducation. C’est aussi un marché énorme et très lucratif. Enfin, il oriente les compétences culturelles de l’enfant en cultivant les capacités physique, psychique et/ou émotionnelle spécifique pour la société dans laquelle il vit.

Les enfants apprennent rapidement ce qui est acceptable par la société et quels jouets leur sont destinés. Au cas où les parents ne feraient pas leur travail, la télévision, les publicités, les livres, les manuels scolaires, etc. s’en chargent abondamment !

Comment en sortir et permettre aux enfants de s’affirmer en tant que personne, pas nécessairement fille ou garçon, tout en leur faisant plaisir ? Si le jouet industriel s’est surtout développé pour combler la solitude de l’enfant, le jeu se présente plutôt comme une expérience collective. Moins les distinctions de genre et d’âge sont marquées et plus l’enfant est invité à mettre en place une partie du jeu lui-même, plus grande est la marge de liberté. Plutôt que de favoriser l’intégration des stéréotypes, le jeu peut permettre à l’enfant de prendre confiance en lui et de trouver sa place au sein du groupe.

Donc nous ne sommes pas de mauvais parents en lui choisissant des jouets (dont souvent il a très envie, ne serait-ce que pour avoir les mêmes que les copains) dans ces catalogues sexistes, mais comprenons ce que cela prépare comme type de société et essayons de proposer autre chose. Dès l’enfance, déconstruisons les genres, et les plus jeunes pourront peut-être inventer de nouveaux rapports sociaux et de sexe.

Par Léa Guichard

Contre les jouets sexistes - édition L’Échappée. Ce livre est écrit par des associations antisexistes ( Mix-cité et le Collectif contre le publisexisme) sur la manière dont les jouets construisent le féminin et le masculin. Il est issu de réflexions et d’expériences de lutte notamment avec l’animation d’une campagne contre les jouets sexistes pendant Noël ces dix dernières années. On y trouve des solutions alternatives de jouets et de livres pour combattre le sexisme au quotidien avec nos bambins.

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