PS : la spirale sociale-démocrate...

Les derniers déboires de la première secrétaire du PS, Martine Aubry, illustrent la crise dans laquelle son parti est plongé. La nécessaire indépendance vis-à-vis du PS n’en est que plus évidente. 

Après le spectacle affligeant du congrès de Reims et la défaite des européennes, la spirale de la crise interne du PS prend un tour épistolaire. Les échanges d'amabilités entre Martine Aubry et Manuel Valls n'échappent pas à la règle générale du débat interne au PS: un maximum de rivalité, un minimum de divergence politique. Obsédés du pouvoir pour le pouvoir, les socialistes s'empoignent pour le leadership, se déchirent sur le type d'alliance à nouer. Quand ils manient (rarement) l'antisarkozysme, c'est uniquement pour la forme : le PS n’émet aucune critique radicale et globale de la politique du gouvernement et ne formule aucune contre-proposition.

Henri Weber (membre du bureau national du PS) se penche sur les raisons pour lesquelles, en Europe, la « vague bleue » a succédé à la « vague rose » : « Ce reflux a des causes multiples, mais la principale est l'échec relatif […] des politiques sociales-démocrates face à la mondialisation libérale. […] Le peuple de gauche [en] a surtout retenu la colonne négative: l'augmentation du chômage et de la précarité, la stagnation du pouvoir d'achat, l'affaiblissement et/ou la privatisation des services publics.»1 Rien n'indique à la masse des salariés et des jeunes la différence entre la droite et la gauche ou les contours d'une alternative susceptible de mobiliser pour le changement. Weber ne propose aucun remède à cette situation. Rompre avec le système est la seule alternative possible, mais cela n'est pas dans les canons de la pensée des dirigeants socialistes.

Quant au débat sur les alliances, il demeure ouvert au sein du PS. Certains demandent de se tourner vers le Modem – parti de droite, comme en témoignent certains de ses accords électoraux. Ce n'est pas, dans l'immédiat, la voie prônée ouvertement par Martine Aubry, qui vient d'adresser un courrier à toutes les formations de gauche – mais pas au NPA2 – dans le but de reconstituer un nouvel avatar d'Union de la gauche.

A gauche, la question est posée: que peut-on faire ou non avec le PS? La direction du PCF tente régulièrement de convaincre qu'il faut rassembler la gauche sur un «programme réellement ancré à gauche». Elle appelle souvent le NPA à la « responsabilité », lui qui se complairait dans une posture protestataire et minoritaire. En réponse à l'invitation de Martine Aubry, Marie-George Buffet cultive ainsi l'ambiguïté: «La question, c'est de rassembler le plus largement possible la gauche sur un projet audacieux au niveau des régions. » Elle propose d'élargir le Front de gauche, sans préciser à qui. Ces zigzags permanents génèrent des divisions internes, dont l’épisode des municipales partielles d’Aix-en-Provence en est la dernière illustration : au second tour, alors que la liste PCF-NPA-PG ne donnait, à juste titre, aucune consigne de vote, la fédération des Bouches-du-Rhône, contre l’avis de sa section, a appelé à voter pour la liste PS-Modem-Verts-Divers droite, comprenant d'anciens adjoints de la mairie UMP.

Ce pseudo-réalisme a amené le PCF à gouverner à maintes reprises avec le PS, que ce soit au sommet de l'Etat ou dans les collectivités territoriales. Au lieu de tirer le PS vers la gauche, c'est le PCF qui s’est retrouvé dans la position d'avaler des couleuvres. Pour conserver une chance de rebattre les cartes, il faut choisir l'indépendance, populariser un projet anticapitaliste et œuvrer ensemble au changement du rapport de forces. Dans la rue, dans les urnes, dans les institutions. 

Frédéric Borras 

1. Tribune libre publiée par Le Figaro du 16 juillet.

2. En n'adressant pas son courrier au NPA, Martine Aubry souligne une réalité : il n’y a pas de dénominateur commun entre le programme du PS et celui du NPA.

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