Protection sociale : en COR un rapport pour dynamiter les retraites

En quelques semaines, le Conseil d'orientation des retraites (COR) a rendu publics deux rapports. Un en décembre établissant les projections financières pour l’ensemble des régimes à court, moyen et long terme, et un autre, le 23 janvier dernier sur un état des lieux du système français. Deux rapports qui serviront, sans aucun doute, à dynamiter les retraites. 
Le chantier des retraites sera un des sujets majeurs de 2013. Outre la négociation en cours au sein des régimes complémentaires du privé (Arrco-Agirc), le gouvernement ouvrira une « concertation » avec les « partenaires sociaux » au printemps. Le COR avait déjà publié en décembre un rapport sur des évaluations faisant état d’un déficit prévisionnel de l'ensemble des régimes de 22 milliards d'euros à l'horizon 2020. Une situation jugée « inquiétante » par Hollande. Cette fois, le douzième rapport dresse un état des lieux complet (comme l'avait demandé Jean-Marc Ayrault) et esquisse des propositions pour améliorer l'équité du système.
Inégalités
Ce rapport pointe un certain nombre d'inégalités : inégalités entre la retraite moyenne des hommes (1 552 euros en 2010) et celle des femmes (899 euros), inégalités en fonction des secteurs d'activité. Il suggère de modifier le calcul de la retraite, effectué sur les vingt-cinq meilleures années depuis la réforme Balladur (1993) pour le régime général du privé, pour atténuer la faiblesse des retraites, par exemple en excluant du calcul les cinq plus mauvaises années. 
Il suggère aussi de revoir la règle des 200 heures payées au smic horaire nécessaires pour valider un trimestre au régime général, qui pénalise les salariéEs à temps partiel et à bas salaire. C'est sur cette base que le gouvernement prétend organiser la réflexion sur les retraites. Mais qui peut croire que les imperfections, les inégalités du système seront résolues à l'avantage des salariéEs ?
Le Medef à l'offensive 
Avant même la publication de ces deux rapports, le Medef a fixé le cap. Pour Laurence Parisot, il n’y a pas d’autre solution pour assurer le financement des pensions que de repousser à « au moins soixante-trois ans » l’âge légal de départ et de cotiser 43 annuités. Par ailleurs, le syndicat patronal est déjà passé à l’attaque contre les retraites complémentaires, en proposant de les désindexer par rapport à l'inflation, une idée que le ministre qui n’a jamais cru à la lutte des classes, Cahuzac, trouve « intéressante » pour les retraites du régime général. Cela correspondrait à une baisse de 1,5 % pour 2013 par rapport à l’inflation, et de 1 % par an sur la période 2014 à 2017 ! Soit, au bout de cinq ans, une pension en baisse de 5,5 %. 
Si les retraites sont en danger, c’est avant tout en raison du chômage de masse et de l’amputation des salaires. Comme le montrent les régressions imposées en Grèce, en Espagne, au Portugal, les marchés financiers ont mis la barre très haut. Profitant de la crise, ils exigent un peu partout un recul des systèmes sociaux solidaires. La France n’échappe pas à cette pression. Le gouvernement, qui a déjà reculé devant le Medef sur la fiscalité, les licenciements, la compétitivité, est prêt à répondre une nouvelle fois aux exigences des patrons et non aux besoins des salariéEs. À moins que…
Sandra Demarcq

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