Précaires de l’ENS : 90 jours de grève !

Depuis cinq mois, des travailleurSEs de l’École normale supérieure (Paris) luttent, avec des élèves et étudiantEs, pour l’amélioration de leurs conditions de travail et la titularisation ou au moins le passage en CDI des précaires. Depuis le 11 janvier, une douzaine de précaires de la restauration et du ménage, et quelques titulaires d’autres services, sont en grève reconductible. La grève s’autofinance par la vente quotidienne de sandwiches dans le hall ; elle est dirigée par une AG qui se réunit régulièrement.
Grâce à ce rapport de forces et face à l’incapacité de la direction de l’ENS, l’Union générale des fédérations de fonctionnaires CGT a négocié avec Georges Tron, secrétaire d’État à la Fonction publique, un protocole de fin de conflit satisfaisant (titularisation des précaires du ménage et de la cantine début 2012, CDI en attendant). Pour Tron, il s’agit de donner des gages à la CGT pour que celle-ci soutienne son projet de loi sur la précarité dans la Fonction publique (visant à généraliser les CDI au détriment du statut). Mais craignant qu’une victoire à l’ENS ne fasse tache d’huile, la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, s’oppose à ce protocole et en a rédigé un autre, qui propose aux salariéEs de la cantine des CDI dans le cadre du Crous – soit une externalisation déguisée, impliquant une aggravation des conditions de travail et la séparation de celles et ceux qui sont actuellement en lutte et des autres.
Chaque ministre défend ainsi son protocole contre l’autre – nouvelle preuve des divisions du gouvernement. Le conflit à l’ENS est remonté au plus haut niveau de l’État : Tron a fait appel à Fillon pour arbitrer et c’est Bernard Thibault qui a porté le dossier à Matignon ! La question de la démission de Monique Canto-Sperber, directrice de l’ENS renommée par Sarkozy en novembre, a été soulevée par l’AG et semble posée au niveau du gouvernement.
Depuis le 22 mars, nous occupons jour et nuit les bureaux de la direction, dont les fenêtres arborent fièrement nos banderoles avec les drapeaux de la CGT et de SUD. Nous dormons dans nos sacs de couchage posés le long de meubles anciens, sous les lustres et les lambris couverts d’affiches aux slogans imaginatifs... Nous bloquons les bureaux en organisant des tours de garde : le pouvoir à l’ENS est en partie paralysé. Il y a désormais deux AG par jour, le matin pour les questions urgentes, le soir pour la gestion de l’occupation et des discussions plus générales, avant le repas commun.
Ce mouvement est riche d’enseignements. Auto-organisé, autofinancé, il a donné lieu à une politisation spectaculaire des grévistes, qui se sont touTEs syndiquéEs et qui s’expriment en AG. Les débats politiques de tout type se multiplient (sur le sexisme au sein du mouvement, sur les « tags » et la réappropriation de l’espace, etc.). Ce mouvement a été permis par la préexistence à l’ENS d’étudiantEs et de travailleurSEs organiséEs au NPA, au PCF, au PG, à SUD étudiant, à la CGT. Il confirme que la combativité ouvrière n’est pas morte et qu’une grève offensive, résolue et démocratique peut construire un rapport de forces favorable, y compris contre des ministres.

Comité NPA de l’ENS

Dernière minute : la direction de l’ENS, tout en concédant des CDI au bout de trois ans d’ancienneté pour touTEs les précaires, sort l’arme de la répression : elle a saisi le tribunal administratif qui a ordonné l’évacuation des lieux, mettant à l’ordre du jour une possible intervention policière. L’AG du lundi 11 avril a décidé de ne rien lâcher en réaffirmant l’objectif de la titularisation et en maintenant l’occupation jusqu’à l’avancée réelle des négociations.

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